Le suicide de la Droite où comment est-on passés de Jacques Chirac à Eric Ciotti ?

par Erwan Davoux
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Episode 3 – Et les fillonistes coulèrent le Titanic…..

A l’été 2012, La droite a certes perdu la présidentielle et les législatives qui suivirent mais sa situation est paradoxalement plutôt bonne.

En effet, la défaite de 2012 est due en grande partie au rejet de la personne ou de la personnalité de Nicolas Sarkozy. L’UMP est alors un parti solide qui compte plus de 300 000 adhérents et bien “cheffé” par Jean-François Copé qui mouille la chemise et s’impose un rythme de travail et de déplacements effrénés, à la hauteur de ses ambitions.

Le quinquennat de François Hollande est, dès ses débuts, calamiteux, Il n’y a pas de surprise. Entré par au moins deux concours de circonstances à l’Elysée (l’élimination de DSK et le rejet de Nicolas Sarkozy), il n’habitera jamais la fonction. Dès cette période, le retour de la droite au pouvoir semble probable et l’hypothèse Copé 2017 de plus en plus crédible.

Jean-François Copé est désormais le seul maître à bord mais il a un souci principal : il n’a jamais été sarkozyste ou à contrecœur et du bout des lèvres. Or, les militants et les adhérents restent très sarkozyste. Comment rompre avec une ligne politique (déjà) condamnée sans froisser la base alors que l’élection du Président de l’UMP se profile ?

L’élection à la Présidence l’UMP, le choc des ambitions

Un choc de titans se profile. En effet, François Fillon semble avoir était tenté par la conquête de la Mairie de Paris. Mais le combat à mener est rude et l’incertitude grande. Les sondages semblent indiquer qu’il remportera aisément la présidence de l’UMP. Il opte pour la prudence plutôt que pour le panache qu’aurait été la bataille pour tenter de renquérir la capitale qui a basculé à gauche depuis déjà 11 ans.

La bataille, des deux côtés est très (trop) à droite. Elle vise à séduire des adhérents et militants souvent plus prompts à soutenir les idées claires, nettes et peu opératoires plutôt que celles fortes mais nuancées. Jean-François Copé mène une campagne effrénée, faisant parfois trois meeting dans la même journée et les militants apprécient.

Bien évidemment tout ses rivaux potentiels, de la même génération, ont choisi de soutenir François Fillon : Baroin, Wauquiez, Pécresse. Y compris les chiraquiens donc…. Les idées ont peu d’importance, ils ont vu Copé prendre tellement d’avance que leur seul objectif est de lui faire barrage, désormais. L’équipe des “Mousquetaires” se disloque, elle ne résiste pas aux ambitions personnelles. Le parti se déchire, le scrutin semble incertain car la dynamique est indéniablement du côté de Copé.

Le scénario du pire

Le dimanche 18 novembre 2012, c’est le scénario du pire pour une droite peu habituée à ce grand exercice démocratique (55% des militants prennent part au vote soit un total d’environ 175 000 votants). En effet, les deux candidats sont au coude-à-coude, le corps électoral les renvoie quasiment dos-dos. C’est une défaite politique pour Fillon donné largement favori. Estimant disposer de quelques dizaines de voix d’avance, Jean-François Copé proclame, en fin de soirée, sa victoire. Le camp Fillon s’apprêtait à faire de même. Le nouveau président de l’UMP est d’autant plus fondé à le faire que de nombreuses irrégularités sont relevées dans les Alpes-Maritimes où les frères ennemis/siamois Estrosi et Ciotti ont tous deux choisi de soutenir François Fillon et ne reculent devant rien.

Fillon lui-même semble se résigner à accepter, à contrecœur, sa défaite. La droite a une belle occasion d’avancer, de passer une génération , de rompre avec le sarkozysme qui, après l’éclatante victoire de 2007, n’a enregistré que des défaites par la suite. Cette opportunité sera gâchée par les ambitions personnelles.

En effet, les convertis au fillonisme, Wauquiez, Pécresse, Ciotti vont, dans une conférence de presse, le 21 novembre 2012, qui restera dans l’histoire comme la première étape marquante du suicide de la droite, casser l’UMP. Ils ne peuvent se résigner à ce Jean-François Copé leur barre la route pour 2017. Ils y dénoncent l’oubli de voix émanant de Nouvelle-Calédonie et Wallis et Futuna dans le décompte des voix. En réalité, ces voix avaient bien été comptabilisées mais pas ajoutées au PV final. Une erreur de manipulation qui sera l’occasion rêvée de porter un coup majeur à Jean-François Copé.

Le parti s’installe dans une crise violente et durable. Après plusieurs médiations, un accord de sortie de crise est trouvé. Une nouvelle élection envisagée l’année suivante. Au final toutes les fonctions du parti seront doublonnées et feront de l’UMP une armée mexicaine. Le Bureau Politique pléthorique qui en sera issu ressemblera davantage à une Conseil National qu’à une instance stratégique. La droite n’a plus de leader incontesté mais Copé continue à diriger le parti sans être vraiment épaulé. Les fillonnistes s’impliquent peu dans la vie du partisane et pratiquent souvent la politique de la chaise vide. Ils ont temporairement rentrés les couteaux mais entendent les ressortirent, à la première occasion.

Le rejet des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy

Le 4 juillet 2013, le Conseil Constitutionnel rejette les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy. C’est un coup de tonnerre, du jamais vu dans l’histoire pour un candidat majeur. l’UMP qui menait grand train, comme tous les partis au pouvoir, a dû déjà réduire considérablement la voilure après la défaite des législatives. Mais l’aura dont dispose encore Nicolas Sarkozy auprès de la base ainsi que “la machine Copé” vont faire des merveilles et les appels aux dons permettront d’éponger la dette. Néanmoins, la situation financière du parti demeure fragile du fait de la réduction drastique du nombre de parlementaires et de cette levée de fonds qui n’aura pas contribué à financer des actions mais uniquement éviter une dérouté financière.

Les salves répétées à l’encontre de Jean-François Copé finissent par faire mouche

L’angle de tir se rapproche. Non pas les élections municipales de mars 2014 qui constituent un triomphe pour Jean-François Copé et l’UMP, une vague bleue d’une ampleur inédite qui récompense un travail de terrain forcené. Mais les élections européennes se profilent dans la foulée. Une élection traditionnellement compliquée pour une droite qui est loin d’être anti-européenne mais qui n’est pas eurobéate non plus. Un positionnement non-manichéen, difficile à imprimer dans l’électorat. Malgré la concurrence d’une liste centriste, l’UMP arrive en 2ème position avec 20,8% des voix (soit deux fois et demi le score que le parti réalisera en 2019).

N’ayant pas réussi à dégommer Copé une première fois, ses adversaires saisissent le prétexte d’un score insuffisant pour lui porter le coup de grâce. Cette fois, les juppéistes lâchent Copé, le 15 juin 2014. Ce dernier comprend qu’il ne dispose plus de majorité en interne. Il se démet, pensant que la traversée du désert sera courte.

Entre-temps, l’affaire Bygmalion (système de surfacturations lors de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy) a considérablement affaibli de Copé. Révélée par “Le Point”, dans une enquête à charge, en février 2014, le journal désigne un coupable, Jean-François Copé. Franz-Olivier Giesbert lance des attaques extrêmement violentes à son encontre qui lui vaudront une condamnation pour diffamation tandis que Copé sera finalement blanchi. Mais le mal est fait. L’intégrité de Jean-François Copé est mise en cause, son image extrêmement abîmée. L’élection européenne et l’affaire Bygmalion provoquent la chute de Jean-François Copé. La droite ne s’en remettra pas.

Un triumvirat d’ancien Premiers ministres prend la tête du parti : Juppé, Raffarin, Fillon. Juppé dans un état d’esprit rassembleur visant à sauver ce qui peut l’être et à redresser la barre. Raffarin avec son sens de la conciliation, de la modération et de l’apaisement. Fillon revanchard dont la seule préoccupation et d’obtenir la tête de Copé sur le terrain judiciaire.

Les questions internationales, un investissement majeur de Copé, complètement délaissé par ses successeurs.

Quant à moi, en tant que conseiller diplomatique de Jean-François Copé, je me suis efforcé de contribuer à construire un parcours à l’international pour un responsable politique qui avait une forte appétence pour ce domaine. Jean-François Copé aura fait un grand nombre de déplacements (Maroc, Algérie, Etats-Unis, Canada, Chine, Singapour, Côte d’Ivoire, Sénégal, Royaume-Uni, Allemagne, Sommets du Parti Populaire européen) et aura chaque fois été reçu au plus haut niveau. Il avait parfaitement compris, contrairement à la plupart de ses homologues, que l’investissement à l’international est chronophage mais indispensable pour ne pas se contenter d’ânonner des slogans mais se faire des idées personnelles. En effet, l’international demande des déplacements réguliers, des réactions constantes à l’actualité internationale, des contacts emprunts de confiance avec ses homologues, une sensibilité à la culture des autres. C’est la condition sine qua non pour être à la hauteur de la tradition diplomatique française. Copé dont le seul souci était de servir, aux mieux, la France l’avait compris. Ses successeurs absolument pas. L’actualité le démontre cruellement hélas.

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