La candidature de Sabrina Agresti-Roubache aux sénatoriales rebat les cartes dans les Bouches-du-Rhône

Quasi-officielle depuis le 4 mai, la candidature aux élections sénatoriales de Sabrina Roubache perturbe gravement les plans de Renaud Muselier qui pensait s’évader vers le Sénat sous coup férir.

par Erwan Davoux
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L’actuelle ministre de l’Enseignement et de la Formation professionnels ne fait plus mystère de sa candidature aux élections sénatoriales du 27 septembre 2026. En effet, à cette période, le Sénat sera renouvelé par moitié[1]. L’embouteillage risque d’être sévère pour le « bloc central » au sein duquel la ou les places éligibles sont chères.

Le Sénat, objectif manqué de Martine Vassal

Le Sénat, c’était tout d’abord l’objectif de Martine Vassal alors Présidente de la Métropole et du Département. Une tranquillité assurée à Paris pour six années, loin des affaires et des turpitudes marseillaises. Se faire oublier tout en bénéficiant d’une immunité parlementaire, voilà qui pouvait être astucieux et judicieux.

La présidente du Département avait dépensé sans compter pour s’attirer les faveurs des grand électeurs[2]. Selon un rapport de la Chambre de la Chambre Régionale des Compte PACA (décembre 2025), l’intéressée n’a pas hésité à dépenser 900 millions d’Euros[3] pour des subventions d’équipement (loin d’être la compétence centrale d’un département) aux plus petites communes sans prise en compte de la richesse de ces dernières. Le tout, entre 2018 et 2023. La baisse très significative de l’aide aux communes dans le projet de budget du Département 2026 vient souligner l’étroite corrélation entre ambitions électorales et dépenses ciblées.

Certes, Martine Vassal avait anticipé sa défaite aux municipales. Mais elle n’avait pas prévu que cette défaite serait une débâcle (5,35% au 2nd tour) la privant de toute possibilité de conduire une liste sénatoriale dans les Bouches-du-Rhône. Et que le pot aux roses de la faillite budgétaire de la Métropole et de la quasi-faillite du Département allaient définitivement la disqualifier et lui ôter toute perspective. Qu’il ‘agisse de la liste LR ou Rennaissance/ Horizon, peu importe l’intéressée est habitués aux zigzags politiques. Martine Vassal s’est, désormais, repliée sur le Département. Et ce ne sera pas une mince affaire que de le conserver jusqu’en 2028 tant les manœuvres internes sont à l’œuvre.

La surprise Muselier tourne au cauchemar

Renaud Muselier, sentant le vent du boulet venir pour les prochaines élections régionales de mars 2028, a annoncé aussitôt qu’il quittait la Présidence de la Région pour être lui-même être candidat aux élection sénatoriales.

La déroute de Martine Vassal, n’est pas directement et totalement transposable mais les électeurs ont adressé un message très clair qui a conduit à la débâcle, la déroute ou la défaite de tous les candidats sarko-macronistes en région PACA, de cette droite qui évolue au gré du vent pour toujours s’attirer les faveurs du pouvoir. Martine Vassal à Marseille, Christian Estrosi à Nice, le candidat soutenu par Hubert Falco à Toulon.

Cette annonce-surprise a été mal préparée, très probablement précipitée. En effet, ses motivations ne tiennent pas la route un seul instant. Renaud Muselier prétend aller siéger au Sénat pour prendre une part active à l’élection présidentielle. Une justification qui ne résiste pas une seconde à la réalité politique. Un Président de région a bien davantage de pouvoir et d’emprise sur l’élection qu’un sénateur. D’autant que le Sénat ne siège pas durant la période électorale. Une erreur de communication stupéfiante, d’un amateurisme avéré de la part d’un vieux loup de la politique…

L’étau se resserre donc pour Renaud Muselier qui souhaitait être tête de liste LR, HorIzons, Modem et UDI. Reproduire la formidable manipulation à laquelle il s’était livré lors des élections régionales de 2020 parait hors-de-portée : rouler dans la farine le parti présidentiel et LR (alors dirigée par son ami Christian Jacob), prétendant aux uns et aux autres qu’il était leur candidat mais pas celui du camp d’en face. Il avait obtenu ainsi le soutien des deux formations politiques.

Valérie Boyer et Sabrina Agresti Roubache en pôle position dans leur camp respectif

Valérie Boyer tête de liste LR

D’autant que Valérie Boyer tient coute que coûte à conduire la liste LR et devrait être investie. L’intéressée est allée jusqu’à soutenir becs et ongles la candidature de Martine Vassal aux municipales afin éliminer une possible rivale dans la course à l’investiture sénatoriale.  En effet, une campagne victorieuse aboutissant à la conquête de la ville de Marseille permettait de neutraliser Martine Vassal tout naturellement. Il est peu de dire que ces deux personnalités ont peu de chose en commun.

Le vrai problème pour Valérie Boyer porte un nom : le sénateur sortant Stéphane Le Rudulier. En effet, le potentiel candidat à sa réélection qui vient d’être condamné pour injures publiques envers Benoît Payan, est également sous le coup d’une enquête pour violences volontaires commises à l’encontre de sa successeuse à la Mairie de Rognac, Sylvie Miceli-Houdais. Pas sûr que cela séduise les grands électeurs dans le secret de l’isoloir.

Sabrina Roubache, tête de liste du bloc central

La candidature de la ministre Sabrina Roubache dont on connait la proximité avec le couple Macron vient refermer définitivement l’hypothèse d’une liste commune LR/Renaissance aux sénatoriales. Seules les deux têtes de liste  deux formations politiques devraient être élus, sauf surprise.

La Ministre avait pris ses distances avec Martine Vassal durant la campagne des municipales, dénonçant sa droitisation excessive. Quand bien même son parti avait, lui, soutenu la candidate.

Renaud Muselier : le risque de tout perdre

Renaud Muselier est désormais dans une situation pour le moins inconfortable : il a franchi le Rubicon… à la légère. Son départ de la Région fut présenté comme acté, le nom de son successeur déjà avancé : François de Canson. Le Maire de la Londes-Les-Maures et actuellement troisième Vice-Président de la Région offre une image de renouveau dont la droite locale a réellement besoin. Pas de retour en arrière possible à moins de renoncer à toute once de dignité et d’honneur. La fin de parcours semble se préciser pour Renaud Muselier comme pour Martine Vassal, sans doux sursis de six années à passer dans les épais velours rouges et les lambris du Palais du Luxembourg.

A Marseille, c’est droite année 0.


[1] En Hexagone, les départements concernés par le vote, dans l’ordre minéralogique, sont les départements allant de l’Ain (1) à l’Indre (36), puis du Bas-Rhin (67) au Territoire de Belfort (90) à l’exception des départements de la région Île-de-France. En Outre-mer, la Guyane, les îles Wallis et Futuna, Saint-Barthélemy, Saint-Martin et la Polynésie française sont concernés.

[2]Les conseillers départementaux et les délégués des conseils municipaux représentent 95 % des quelques 162 000 grands électeurs au total.

[3] L’’aide du département à l’investissement des communes représente 44 % des subventions d’équipement versées et près de 900 millions d’euros (M€) de dépenses entre 2018 et 2023. Principalement tournée vers les communes les moins peuplées (…). La chambre observe que le montant des aides n’est pas fonction de la richesse fiscale et territoriale des bénéficiaires. Enfin, alors que la dette des communes du département a évolué de façon plus favorable que la moyenne nationale, la situation financière comparative du département s’est au contraire dégradée. Dans ce contexte, la pertinence sur le seul plan financier d’un investissement singulièrement soutenu en matière d’aide aux communes n’est pas démontrée ».

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