Muselier se range derrière Attal pour l’élection présidentielle

Celui qui ne cesse de brandir l'étendard de son grand-père, l'Amiral Muselier, héros de la France Libre, choisit le plus anti-gaulliste des candidats à l'élection présidentielle. Dans une Tribune en date du 16 mai, publiée par "La Tribune dimanche" Décryptage.

par Erwan Davoux
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Comment expliquer ce ralliement ?

Le soutien à Macron ne lui a rien rapporté

Une chose, au moins, est claire avec Renaud Muselier : les convictions ne l’encombrent pas. Chiraquien, Sarkozyste puis Maconiste… Tenant flamboyant du « front républicain » pour conserver la Région mais se refusant à lâcher Vassal lorsque cette dernière reprend à son compte le slogan vichyste de Pétain « Travail, Famille, Patrie ». On aurait les plus grandes difficultés à une trouver la moindre cohérence dans ce parcours politique. Seule l’ambition guide ses pas.

C’est elle, encore une fois, qui explique l' »Attalisme »du toujours président de la région PACA. Chacun le sait, Renaud Muselier souhaite par-dessus tout devenir sénateur en septembre 2026. Il pensait avoir un boulevard mais Sabrina Agresti-Roubache est venue contrarier ses plans en annonçant sa propre candidature. Estomaqué, Muselier en a appelé à Emmanuel Macron et à Sébastien Lecornu pour voir restaurer ce qu’il considère comme un droit légitime. L’absence de toute réaction du Président comme du Premier ministre le laissa fort déconfit.

Emmanuel Macron n’avait déjà rien donné à Muselier,en dépit du soutien massif apporté lors de la présidentielle de 2022[1]. Trop c’est trop, le Président de région tente de désormais de contre-carrer les ambitions d’Agresti-Roubache en misant sur les divisions béantes de la macronie.

Macron-Attal : rien ne va plus où comment profiter des tiraillements de la macronie.

Emmanuel Macron n’a jamais eu de sympathie particulière pour Attal. Ce dernier entre au gouvernement par l’escalier de service et certains prétendent que sa relation sentimentale avec Stéphane Séjourné n’y est pas étrangère. On se souvient par exemple de l’étourderie du nouveau Premier ministre, Jean Castex, laissant apparaître sur un dossier dans une image capturée par la presse : « il faut donner un os supplémentaire à ronger pour le jeune Gabriel ». Depuis, Attal s’est émancipé, a gravi les échelons et a manifesté une intelligence tactique politique indiscutable.

Ce n’est que grâce au lobbying intense de la première dame en sa faveur, notamment, qu’Emmanuel Macron se résout à le désigner Premier ministre, le 9 janvier 2024. Avec un espoir secret : que l’intéressé échoue pour s’en débarrasser.

La dissolution décrétée par le Président, le 9 juin 2024, coupe l’herbe sous le pied du très jeune Premier ministre arrivé depuis à peine 6 mois. Le choc est rude.

Mais le Premier ministre qui exécute les « affaires courantes » va rendre la monnaie de sa pièce au Chef de l’Etat. Alors qu’Emmanuel Macron anticipe une victoire du RN aux législatives qui présente deux avantages à son sens :

  • le faire quitter l’Elysée par la grande porte en père rassembleur de la nation
  • et discréditer le RN dans la perspective de la Présidentielle, Atal fait échouer ce plan.

Grâce à une énergie et un sens tactique certains, il est l’un des initiateurs de ce fameux « front républicain »de l’entre-deux tours qui aboutira à un résultat final contraire au vote du 1er tour. Le RN est repoussé loin du pouvoir. La dissolution de juin prend la tournure d’un cataclysme politique en raison de l’absence de toute majorité, dont la responsabilité incombe à Emmanuel Macron seul.

La rupture est consommée et définitive entre les deux hommes.

Une fracture béante de la macronie dont entend profiter Renaud Muselier.

Sabrina Agresti Roubache est proche du couple Macron. Elle pourra bénéficier de leur soutien pour les sénatoriales. Ella déploré que le « Renaissance » d’Attal soutienne Martine Vassal lors des dernières municipales.

Renaud Muselier, lui, mise désormais sur le vrai patron du parti Renaissance, Gabriel, Attal. Il espère que le soutien manifesté publiquement rééquilibrera le jeu en sa faveur pour les sénatoriales.

Ainsi, au-delà de la rivilité Muselier-Roubache, c’est un bras de fer qui se joue entre le Président et son ancien Premier ministre. Qui aura le plus d’autorité ? Le Président en fin de mandat ou Attal qui espère lui succéder ? Les tensions seront vives au sein du parti présidentiel où la vieille garde macronienne est désormais minoritaire.

Gabriel Attal sera-t-il reconnaissant envers Renaud Muselier ?

Autant le dire clairement : Muselier a davantage besoin d’Attal qu’Attal de Muselier. L’un est en fin de parcours, l’autre estime que l’avenir lui appartient. Le poids politique de Renaud Muselier s’est considérablement affaibli.

Néanmoins, il apporte à G. Attal le précieux soutien d’un ex- baron de la droite. Et il est quasiment le seul à le faire. Les autres, de tendance centriste, ont massivement choisi Edouard Philippe. La bataille pour le leadership sur le bloc central ou centriste s’annonce particulièrement âpre entre Attal et Philippe. L’occasion pour Renaud Muselier de tirer, une dernière fois, son épingle du jeu ?


[1] Cf https://www.geopolitics.fr/2026/05/16/a-marseille-droite-annee-zero/

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