Le 23 septembre, les marocains vont se se rendre aux urnes pour renouveler les 395 sièges de la Chambre des représentants. Au total 305 élus dans des circonscriptions locales, 90 dans des circonscriptions régionales. Plus de 15,8 millions d’électeurs sont inscrits sur les listes, arrêtées au 10 juillet 2026 à l’issue d’une révision exceptionnelle. Vingt-sept partis politiques sont en lice, avec 702 listes de candidatures déposées à travers l’ensemble du territoire. Un paysage partisan dense, à l’image d’une vie politique marocaine qui continue de se recomposer scrutin après scrutin.
Il s’agit du premier grand rendez-vous électoral national depuis les mobilisations dites « Gen-Z » de l’automne 2025, qui avaient fait émerger dans l’espace public des revendications économiques et sociales. Ces dernières sont portées par une jeunesse urbaine, connectée, et jusque-là peu audible dans le débat politique institutionnel.
Un calendrier électoral resserré, un dispositif de contrôle renforcé
La séquence électorale de 2026 a été pensée pour laisser peu de place à l’improvisation. Les candidats ont pu déposer leurs dossiers en ligne à partir du 31 août à 8 heures avec une échéance fixée au 8 septembre. La campagne officielle s’est ouverte le 10 septembre à minuit pour se refermer le 22 septembre à la même heure. Un peu moins de deux semaines pendant lesquelles vingt-sept formations ont multiplié meetings, tournées de proximité et offensives numériques pour convaincre le corps électoral. Près de 29 % des électeurs a plus de 60 ans et une part significative est composée de primo-votants nés après les grandes réformes constitutionnelles du début des années 2010.
Le cadre légal encadrant la campagne est strict. Tout agent public utilisant ses fonctions pour orienter un vote s’expose à une peine de six mois à un an de prison et à une amende pouvant atteindre 100 000 dirhams.
L’achat de voix par dons, cadeaux ou avantages est explicitement prohibé, de même que toute pression, intimidation ou menace visant à influencer le choix d’un électeur. Les comptes de campagne devront être déposés sous format électronique et papier dans un délai de 90 jours après la proclamation des résultats, avant examen par la Cour des comptes.
Pour veiller au respect de ce cadre, la Commission spéciale d’accréditation a retenu 26 associations nationales et internationales, mobilisant plus de 3 000 observateurs et observatrices sur l’ensemble du territoire. Ce dispositif de surveillance électorale est d’une ampleur inédite pour un scrutin législatif marocain.
La diaspora vote enfin sans se déplacer : la révolution silencieuse du scrutin 2026
La nouveauté la plus structurante de cette élection ne se joue pas dans les meetings, mais sur une plateforme numérique. Pour la première fois sous cette forme, les Marocains résidant à l’étranger qui ne peuvent toujours pas voter en personne dans leur pays de résidence, disposent d’un système de procuration entièrement dématérialisé. Depuis le 24 août, le ministère de l’Intérieur a mis en service la plateforme « E-procuration », accessible via listeselectorales.ma et elections.ma. Elle permet à tout électeur inscrit sur les listes de désigner un mandataire au Maroc sans avoir à effectuer le moindre déplacement.
Pour une diaspora dispersée sur les cinq continents, longtemps confrontée à des démarches consulaires lourdes pour exercer ce droit, ce dispositif répond à une demande formulée depuis des année. Son bon fonctionnement, à l’usage, sera scruté de près. Il s’agit d’un test grandeur nature avant une possible généralisation à d’autres types de scrutins.
Un paysage partisan qui se cherche un langage pour la génération 2025
Sur le fond programmatique, les 27 formations en lice convergent presque toutes vers un même triptyque : emploi, pouvoir d’achat, classe moyenne.
L’Union constitutionnelle, par exemple, a présenté le 7 septembre à Casablanca son programme sous le slogan « Pour un Maroc à une seule vitesse » . Il met l’accent sur le soutien à la famille et à la classe moyenne, une insistance particulière sur l’emploi des jeunes comme axe de politique économique.
D’autres formations, issues de la majorité sortante RNI, PAM, Istiqlal comme de l’opposition, articulent des propositions comparables sur la création d’emplois et la compétitivité du tissu économique national. Chacune tentant de démontrer qu’elle a entendu le message porté par les mobilisations de l’automne 2025. Sans pour autant s’inscrire en rupture frontale avec le bilan de la législature qui s’achève.
Le scrutin se déroule au suffrage universel direct, sur liste, avec un bulletin unique sur lequel chaque électeur exprime simultanément son choix pour la circonscription locale et pour la circonscription régionale. Ce mécanisme à double niveau structure la répartition des 395 sièges entre ancrage territorial et représentation régionale plus large.
Un rendez-vous à observer plutôt qu’à commenter
Le 23 septembre au soir, les résultats donneront une première indication de la manière dont ces 27 formations sont parvenues, ou non, à traduire en promesses électorales crédibles les attentes exprimées par une génération qui s’est d’abord fait entendre dans la rue. Au-delà du seul verdict des urnes, ce scrutin restera aussi dans les mémoires comme le moment où la diaspora marocaine a, pour la première fois à cette échelle, pu exercer son droit de vote. Une évolution technique modeste en apparence, mais dont la portée symbolique, pour des millions de Marocains de l’étranger, dépasse largement le cadre de cette seule élection.