Les tensions et les risques d’une confrontation au cœur des Amériques ne relèvent plus d’une simple conjecture politique ni d’une spéculation liée à une simple rupture des relations diplomatiques pour des différences idéologiques. Les récents mouvements des forces navales et aériennes des États-Unis dans les Caraïbes, à quelques milles du Venezuela, constituent une affaire sérieuse et délicate par leur portée sur la sécurité pour l’Amérique du Sud. L’administration du président Donald Trump est tout à fait disposée à démontrer que, cette fois, Washington n’hésitera pas à afficher sa puissance militaire face à ses adversaires, mais aussi à se repositionner à la tête des affaires internationales.
Guerre frontale contre la criminalité et le narcotrafic, Trump l’avait annoncé pendant sa campagne
“Make America Great Again” est passé d’un simple slogan de campagne à une action politique, tant sur le plan commercial que militaire. L’aggravation des problèmes de sécurité nationale aux États-Unis, générés en grande partie par l’augmentation de la criminalité, a été attribuée par les agences fédérales au manque de contrôles migratoires et à l’entrée de grandes quantités de fentanyl et de cocaïne provenant des grands cartels de la drogue du Venezuela, de la Colombie et du Mexique, qualifiés d’organisations terroristes.
Au cours d’années d’enquête, les États-Unis ont réussi à recueillir suffisamment d’informations sur l’origine de ces cargaisons de drogue grâce à l’arrestation d’importants membres de ces organisations criminelles, parmi lesquels d’anciens fonctionnaires et militaires liés aux administrations de Hugo Chávez et Nicolás Maduro. Il convient de rappeler que c’est Hugo Chávez, dès son arrivée au pouvoir, qui décida de rompre la coopération antidrogue avec la DEA. Pour de nombreux analystes, cette décision erronée fut interprétée par Washington comme un signal d’alerte qui marquerait, à court terme, le début de la détérioration systématique des relations entre les États-Unis et le Venezuela.
Le Département de la Défense des États-Unis, qui s’appellera désormais Département de la Guerre, a ordonné depuis le mois d’août un déploiement sans précédent de ses forces armées dans le sud de la mer des Caraïbes pour combattre les cartels de la drogue, ce qui implique l’usage de la force, comme ce fut le cas le 2 septembre dernier lors d’une attaque létale contre une embarcation chargée de drogues avec 11 membres d’équipage. Mais, auparavant, les États-Unis avaient doublé la récompense pour la capture de Nicolás Maduro à 50 millions de dollars, ainsi que pour d’autres hauts dirigeants du chavisme accusés de faire partie du « Cartel de los Soles » qui, avec le « Tren de Aragua », constitue l’une des principales structures criminelles de tout l’hémisphère, aux côtés des cartels de Colombie et du Mexique.
La sécurité nationale des États-Unis prime sur le droit international
Le bureau du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a souligné que les actions des États-Unis contre le trafic illicite de drogues doivent respecter le droit international, en précisant que l’usage de la force létale n’est permis qu’en dernier recours. Cependant, le gouvernement Trump a ignoré ces déclarations en affirmant que ses décisions dans la lutte contre le crime organisé visent à combattre la menace que cela représente pour la sécurité nationale des États-Unis. Certains experts considèrent que la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale n’a pas donné beaucoup de résultats à cet égard.
Mais au-delà de toute analyse, le décret de Trump autorisant l’intervention mondiale des États-Unis dans leur lutte contre le narcotrafic pose un défi aux spécialistes du droit international.
L’Amérique latine et les Caraïbes divisées
Les pays de la région se sont historiquement éloignés ou alignés sur les intérêts de Washington en fonction de l’orientation idéologique des gouvernements en place. Mais ce dilemme s’est aggravé depuis l’arrivée du “socialisme du XXIe siècle”. En conséquence, la grande majorité des gouvernements conservateurs et libéraux soutiennent la position des États-Unis, parmi eux, l’Équateur, le Paraguay, l’Argentine, le Panama, le Guyana, Trinité-et-Tobago, la République dominicaine, le Pérou et le Costa Rica. De son côté, la Colombie, qui a montré un plus grand soutien au régime de Maduro, et le Brésil, qui affiche une neutralité quelque peu inconfortable, ont été contraints de renforcer leurs frontières face à un éventuel conflit au Venezuela. Le Mexique, pour sa part, cherche à renforcer sa coopération avec les États-Unis en matière de sécurité, réaffirmant son engagement envers le droit international et la vision de l’Amérique latine comme une zone de paix.
Un conflit imminent ou un mécanisme de forte pression pour forcer une négociation ? Le rôle de la Russie, de la Chine et de l’Iran….
Les récentes déclarations de Trump indiquent que les États-Unis pourraient agir à tout moment. C’est pourquoi il a autorisé son secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, à prendre les décisions nécessaires. Cette même position a été confirmée par le secrétaire d’État, Marco Rubio, déterminé à ce que les États-Unis utilisent toute leur puissance pour atteindre leurs objectifs.
De ce point de vue, il est indéniable que tout ce déploiement militaire des États-Unis dans leur guerre contre les cartels constitue la stratégie parfaite pour renverser Maduro et favoriser une transition démocratique au Venezuela, et plus tard à Cuba et au Nicaragua. Cela laisse penser que la présence de navires et de destroyers, d’avions F-35 et de sous-marins nucléaires pourrait, à court terme, forcer une négociation afin d’éviter une incursion militaire des États-Unis au Venezuela, qui aurait inévitablement un énorme coût politique pour toutes les parties.
Le scénario de la négociation a toujours été présent, surtout en secret. Cela explique la relation changeante entre les États-Unis et le Venezuela concernant leur politique tarifaire, les échanges de prisonniers et le renouvellement des licences pétrolières de Chevron. Il n’est donc permis de penser que la rupture de ce canal de négociation ait conduit les États-Unis à recourir à la stratégie armée comme méthode de pression extrême.
Il est également clair que la décision que prendront les États-Unis sur le Venezuela ne sera pas isolée d’autres négociations. Cela signifierait que Trump cherchera à neutraliser les alliés du régime de Maduro, c’est-à-dire obtenir l’aval de Poutine, compte tenu des termes de la réunion en Alaska et des possibles concessions dans l’Arctique ainsi que des ressources en Ukraine. La fin de la crise des missiles soviétiques à Cuba en 1962 nous rappelle que Washington et Moscou peuvent s’entendre. D’autre part, les États-Unis savent que la Chine n’a pas pour règle de s’impliquer dans des conflits étrangers, ce qui n’exclurait pas la possibilité de négocier avec Pékin un meilleur accord tarifaire, en échange de ne pas fournir d’armement ni de ressources technologiques au Venezuela. Quant à l’Iran, il aurait très peu de possibilités d’aider le Venezuela après les attaques américaines du mois de juin lors de l’opération « Midnight Hammer ».
La grande question qui demeure est la suivante : quel serait le rôle de l’Union européenne dans ce conflit et quelles seraient ses répercussions sur l’avenir du multilatéralisme ? Il semblerait, en tout cas, que ce qui se passe au Venezuela et dans tout l’hémisphère ne dépende pas exclusivement de Trump, mais d’un jeu complexe d’intérêts qui restent encore à résoudre.