MUSELIER/VASSAL : LES SAKOZYSTES DEVENUS MACRONISTES
Ils ne s’apprécient pas mais ils ont fait mine d’êtres unis pour ne pas disparaître. Martine Vassal et Renaud Muselier ont souhaité de manière alternative et concurrentielle prendre le leadership à droite, dans l’après Gaudin. En dépit d’une union contrainte lors des dernières municipales, le duo sarkozyste a échoué.
La première, déjà défaite lors des élections municipales de 2020, n’a jamais su se positionner de manière claire sur l’héritage Gaudin, oscillant entre continuité et reniement. Résultat, une tambouille qui l’a conduit à perdre sur les deux tableaux.
Le second, distancé au 1er tour par Thierry Mariani (RN) lors des élections régionales de 2020, ne doit d’avoir conservé la Région qu’à un « front républicain » encore vivace à cette époque.
Ces alertes passées, Muselier comme Vassal prenant conscience que la réélection de Macron était inévitable en 2022, retournèrent leur veste sans broncher. Ne pas affronter des vents contraires et tenter de profiter de l’élan présidentiel : voilà à quoi s’est réduite leur stratégie.
Renaud Muselier franchit le pas dans le cadre d’un ralliement de trois grands barons de la région PACA (Muselier, Falco, Estrosi) à Macron (malgré l’ADN très à droite des deux derniers).
Il fit les choses en grand, adhérent à « Renaissance » (contrairement à Christian Estrosi ou Hubert Falco), il en devint le patron dans les Bouches-du-Rhône. Il appartint au comité stratégique de campagne du parti, participant au staff de campagne rapproché d’Emmanuel Macron durant la présidentielle 2022. Son collaborateur, Romain Simmarano est membre du bureau départemental de Renaissance.
Vassal, elle, prit prétexte de la guerre Russo-Ukrainienne pour lâcher « son amie » Valérie Pécresse[1] alors même qu’elle dirigeait la fédération LR des Bouches-du-Rhône. Sans rejoindre, pour autant, la parti macroniste. Encore une fois, en restant au milieu du gué faute de cap ou de convictions, Martine Vassal perdait sur les deux tableaux. « Traitre » pour la droite, « pas des nôtres » à Renaissance, selon une élue du Département qui n’a cessé de dénoncer, en coulisse, la dérive droitière de Martine Vassal.
AVEC MACRON, JE T’AIME MOI NON PLUS
Malheureusement pour Martine Vassal et Renaud Muselier, Emmanuel Macron ne récompensera pas les deux transhumants politiques[2].
Pour la première, il était, en réalité plus difficile de ne pas entrer au gouvernement que d’y entrer. En effet, une femme dirigeant deux grandes institutions, alors qu’aucune personnalité issue des Bouches-du-Rhône (3ème Département de Fance) n’était pressentie : l’affaire semblait bien ficelée. Mais les espoirs ministériels de Martine Vassal s’évaporèrent malgré le soutien de ses amis du journal « La Tribune »[3] qui firent tant pour la promouvoir. Le Président réélu n’en voulu pas, estimant qu’elle n’avait pas le niveau. La suite de l’histoire ne lui donne pas tort.
L’intéressé sera alors contrainte de réaffirmer plusieurs fois, pour laver l’affront, son « choix » de se consacrer uniquement à ses mandats locaux. Elle fut, en réalité, doublée par Sabrina Agresti-Roubache.
Quant à Renaud Muselier, Emmanuel Macron estima (comme pour Christian Estrosi), qu’il était plutôt en fin de parcours et qu’il n’avait plus grand-chose à lui apporter. Les rêves ministériels s’évanouirent.
LES MUNICIPALES, UN MAUVAIS MOMENT À PASSER ?
C’est dans ce contexte peu porteur que se profilaient les municipales, une échéance majeure pour l’un comme pour l’autre.
Renaud Muselier a toujours rêvé d’être Maire de Marseille et s’est cru, un certain temps, le dauphin naturel de Jean-Claude Gaudin. Néanmoins, la lucidité sur le rapport de force électoral le contraint à renoncer à son rêve municipal, deux ans avant l’échéance.
Martine Vassal, elle, est contrainte d’être candidate, sauf à renoncer d’emblée à la présidence de la Métropole.[4] Alors que son identité politique est de plus en plus floue, du fait de ses zig-zags permanents, elle ne peut se permettre de faire l’impasse sur les municipales.
L’« espace central » ne cessant de rétrécir dans le pays et tout particulièrement à Marseille, pris en étau entre l’extrême droite et l’extrême gauche, les rivaux d’hier se réconcilient. Renaud Muselier se résigne à soutenir Martine Vassal pour tenter de « sauver les meubles ». Même Bruno Gilles, qui avait fait dissidence aux municipales de 2020, embarque dans cette galère.
UNE CAMPAGNE QUI VA DE CHARYBDE EN SCYLLA
Il est acquis très rapidement que Martine Vassal n’est pas en situation de conquérir la Mairie, l’objectif réel étant de sauver la Métropole. Mais la campagne est calamiteuse ; Faites de promesses les unes plus irréalistes que les autres[5], de propos hasardeux ou de bourdes[6], chaque prise de parole est contre-productive. Pourquoi ferait-elle demain, ce qu’elle a eu toute latitude de faire hier ? La crédibilité lui fait cruellement défaut. Cette campagne révèle au grand public marseillais que celle qui dirige la Métropole depuis 8 ans et la Département depuis 10 ans n’est, en réalité, pas à la hauteur de ses fonctions.
Son entourage ne vaut guère mieux. Romain Simaranno tentera de tirer son épingle du jeu. « Au Royaume des aveugles, les borgnes ne sont-ils pas rois ? « Il bénéficiera, comme Martine Vassal, d’un accès en quasi libre-service à « La Provence » et à « BFM TV ». Et du soutien plus discret d’autres médias locaux. Mais rien n’y fit.
La défaite honorable, à 25%, apparut rapidement hors de portée, malgré les multiples sondages flatteurs commandés par….. « Les amis de Martine Vassal ». Pourtant, Renaud Muselier jouera pleinement son rôle. Il ne contenta pas d’un soutien du bout des lèvres comme d’aucuns le prédisaient. Une ancienne élue de droite demeura persuadée que « le soir du premier tour, Renaud contraindrait Martine à se retirer pour faire barrage au RN ». Il n’en fut rien.
L’APRES DEROUTE, QUELLES PERSPECTIVES ? LE SENAT, UN EXIL DORÉ
Muselier fut le premier à tirer les conséquences du scrutin. La victoire aux régionales de 2028 semblait hors-de-portée. Le Sénat devenait un refuge plus qu’honorable. Très vite, le président de Région annonça sa volonté de conduire une liste aux élections sénatoriales du 27 septembre 2026. Prenant de court tout le monde, y compris ses collaborateurs et ses soutiens. Mais en confondant vitesse et précipitation. Le motif évoqué par l’intéressé : prendre une place déterminante à la campagne présidentielle et faire barrage à l’extrême droite, prête à sourire. La ficelle est grosse. Le Sénat ne siège pas durant la campagne et le poids d’un président de région est bien plus déterminant.
Renaud Muselier rêvait de rééditer son exploit des régionales de 2020 par lequel il avait roulé dans la farine son ami Christian Jacob, alors à la tête de LR : obtenir l’investiture de ce parti et en même temps celle du camp présidentiel. Mais les temps. Sabrina Agresti-Roubache (encore elle !) mit fin à ce doux rêve. C’est elle qui conduira la liste du camp présidentiel.
Quant à LR, on ne voit pas pour quelle raison B. Retailleau investirait un macroniste. Valérie Boyer a toute légitimité pour conduire cette liste.
Martine Vassal rêvait, elle aussi, du Sénat dans le cas où elle ne parvenait pas à conserver la Métropole. Elle n’hésitera pas à dépenser 900 millions d’€ par le biais du Conseil départemental en subventions d’équipements pour les petites communes, entre 2018 et 2023[7]. Là où se trouvent précisément les grands électeurs des sénatoriales. Mais la fin tragi-comique de sa campagne lui ôta tout espoir. L’enjeu désormais, pour elle, est de conserver le Département jusqu’en 2028, sans être débarquée en interne.
DEUX AUTRES GRANDES PERDANTES

A l’issue de ce scrutin, deux grandes perdantes restaient sur le carreau : Catherine Pila, proche de B. Retailleau après l’avoir été de X. Bertrand et Laure-Agnès Caradec. La première cumularde chevronnée : directrice d’école dans la vie, élue à la ville (présidente du groupe « une volonté pour Marseille »), Vice-Présidente à la Métropole et présidente de la RTM, se retrouvait privée de tout. Sauf, naturellement, de son emploi à l’éducation nationale.
Laure-Agnès Caradec, vice-présidente du Département des Bouches-du-Rhône, conseillère métropolitaine, élue à la ville de Marseille et ancienne Présidente d’Euromed, se retrouva, aussi, fort démunie. Celle qui fut la flamboyante directrice de campagne de Martine Vassal qui se termina à 5,3%, avait connu précédemment un échec retentissant aux élections législatives de juin 2024 dans la circonscription la plus acquise à la droite ( 7ème et 8ème arrondissements, 8q,6% des voix). Elle demeurait la patronne LR des Bouches-du-Rhône. Une fédération à la dérive et qu’elle ne sut redresser.
Les deux intéressées n’entendaient pas, en dépit des défaites accumulées et d’une longue, très longue carrière politique, tirer leur révérence.
CONTINUER À EXISTER COÛTE QUE COÛTE
L’élection au Sénat étant bouchée (a priori seules les têtes de liste seront élues en raison de la multiplicité des candidatures), par un beau matin de printemps, Laure-Agnès Caradec se découvrit UDR. Cette formation alliée au RN peut espérer faire élire un sénateur dans les Bouches-du-Rhône. C’est donc la deuxième fois que la Présidente de fédération LR des Bouches-du-Rhône quitte le navire dans la tempête, après Martine Vassal en 2022. Martine Vassal lui retirera-t-elle ou pas sa délégation au Département ?
Quant à Catherine Pila, l’horreur du vide, la porta à se porter candidate à la Présidente de la fédération LR des Bouches-du-Rhône. Difficile d’admettre que l’on a fait son temps et que la droite a un besoin urgent de faire émerger de nouveaux visages. Elle pourra vraisemblablement compter sur le soutien du président du parti et de Martine Vassal dont elle est proche. Mais est-ce vraiment un atout ?
Son rival dans cette compétition, Ludovic Perney, est vice-président de la Région. Il n’est pas un nouveau venu en politique mais n’a pas (encore) joué les premiers rôles. L’intéressé a souvent accepté de s’effacer devant des poids lourds ou des apparatchiks. Il dispose, là, d’une occasion de s’affirmer et de débarrasser la droite d’un certain nombre d’encombrants et d’encombrantes.
Autant le dire, la reconstruction de la droite à Marseille sera longue et laborieuse. Renouvellement des visages et des pratiques sont urgents. Quelques convictions souhaitées dans l’adversité plutôt que des retournements de veste. Quelques idées seraient bienvenues.
A Marseille, c’est droite année 0, tout est à reconstruire.
[1] https://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/presidentielle-2022-martine-vassal-lr-annonce-soutenir-la-candidature-d-emmanuel-macron-20220304
[2] Ni le troisième, Christian Estrosi, qui se voyait déjà à Matignon ou dans le pire des cas à Beauvau après la réélection d’Emmanuel Macron et avait opéré des recrutements en conséquence à la Métropole de Nice transformée en futur cabinet ministériel.
[3] https://www.latribune.fr/politique/2022-04-27/martine-vassal-future-ministre-915683.html
[4] Le scrutin de mars 2026 visait à élire les conseillers municipaux mais aussi les métropolitains.
[5] Un tract mentionnera, par exemple, le doublement de effectifs de police municipale et, à la ligne suivante, la baisse du montant de la taxe foncière. Après avoir mis en faillite le Département et la Métropole, la ville de Marseille semble l’avoir échappé belle !
[6] Elle reprit à son compte la devise « Travail, Famille, Patrie » du régime de Vichy lors d’un débat sur BFM TV, le 19 février. Malgré une session de rattrapage offerte par la même chaîne, la campagne était définitivement plombée.
[7] https://www.ccomptes.fr/fr/publications/departement-des-bouches-du-rhone-2