L’instabilité, nouveau régime permanent
La séquence commencée avec la dissolution surprise de juin 2024 n’en finit pas de produire ses effets. La dissolution de l’Assemblée nationale annoncée par Emmanuel Macron a ouvert une séquence d’instabilité politique. Michel Barnier a été nommé Premier ministre en septembre 2024 à la tête d’un gouvernement reposant sur un « socle commun » entre les macronistes et Les Républicains. Avant d’être renversé par une motion de censure en décembre la deuxième adoptée sous la Cinquième République après celle de 1962. François Bayrou lui a succédé, avant d’être à son tour renversé le 9 septembre 2025, entraînant la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon.
Cette succession de Premiers ministres en moins de deux ans a produit une paralysie législative profonde et un sentiment de gouvernance en apesanteur. Cette succession de gouvernements minoritaires s’accompagne d’un ralentissement de l’activité législative. L’exécutif s’appuie davantage sur les propositions de loi d’origine parlementaire ainsi que sur le Sénat et les commissions mixtes paritaires pour faire adopter des textes.
Les Français : le grand divorce
Dans ce contexte, le fossé entre les citoyens et leurs représentants atteint des proportions inédites. Le pouvoir d’achat demeure la principale préoccupation des Français (49%), devant l’avenir du système social (41%) et le niveau de la dette et des déficits (30%). Cette préoccupation s’accompagne d’un fort pessimisme : 91% des Français se disent pessimistes concernant la situation économique du pays, selon Ipsos.
Le baromètre de mai 2026 révèle un séisme politique d’une ampleur historique : le bloc central s’effondre, et une force inédite émerge, le « Parti du Rejet », représentant 23% des électeurs qui refusent catégoriquement tout candidat issu des partis actuels. Un quart de l’électorat qui dit non à tout le monde, c’est le signe d’une crise de représentation que les sondages peinent à saisir pleinement.
Le RN en position de force, mais avec un joker judiciaire
Jordan Bardella dominerait les résultats de la présidentielle de 2027, s’imposant devant Édouard Philippe et Jean-Luc Mélenchon selon un sondage de Toluna Harris Interactive. Le RN est toujours en tête dans les intentions de vote : Bardella obtiendrait 34 à 35% des intentions de vote, Marine Le Pen 32 à 33%.
Mais une épée de Damoclès plane sur le parti. Le jugement en appel dans l’affaire Marine Le Pen est attendu le 7 juillet 2026. Jordan Bardella, son successeur à la tête du Rassemblement national, apparaît comme un potentiel remplaçant, y compris aux yeux de Marine Le Pen elle-même si son inéligibilité était confirmée. L’été 2026 pourrait donc tout changer.
Une droite morcelée, une gauche introuvable
À un an de l’échéance, c’est toujours Bardella et Le Pen qui sont en tête des personnalités dont l’accession à la présidence susciterait le plus de satisfaction. Gabriel Attal se situe à la troisième position avec une progression de 5 points en un mois (24%), tandis qu’Édouard Philippe voit sa cote reculer de 4 points (22%). À gauche, c’est François Hollande qui est ce mois-ci au niveau le plus haut (18%), selon Ipsos.
La droite, elle, est prise dans ses guerres intestines. Bruno Retailleau a été officiellement désigné candidat LR le 19 avril 2026, à la suite d’un vote des adhérents. Gérald Darmanin, Laurent Wauquiez et David Lisnard demeurent cependant favorables à une primaire afin de rassembler la droite. Michel Barnier propose un projet de coalition programmatique intitulé « Bâtir ensemble » pour tenter de rassembler la droite et le centre sur un programme commun.
Édouard Philippe s’impose comme le leader naturel du bloc central (62%) et la gauche reste profondément fracturée entre des figures comme Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann, rendant l’unité inacessible. Le Nouveau Front populaire se fragilise progressivement en raison de divergences stratégiques entre ses composantes, notamment entre le Parti socialiste et La France insoumise, à la fois sur la stratégie parlementaire et la préparation de la présidentielle.
Une élection hors normes en vue
Le nombre de candidatures déclarées ou présumées est inédit sous la Cinquième République. À la mi-février 2026, onze personnalités avaient déjà déclaré leur candidature, et plusieurs autres sont attendues, Le HuffPost et la Revue politique et parlementaire comptaient une trentaine de candidatures potentielles en avril. Parmi les noms qui circulent, on trouve même Cyril Hanouna, symptôme supplémentaire d’un système politique en déroute.
À un an de l’échéance, la présidentielle de 2027 pourrait marquer un tournant : celui d’un retour du vote sur les enjeux de fond. Santé, pouvoir d’achat, éducation… L’enquête électorale française révèle une hiérarchie claire des priorités des Français, loin des seules logiques de casting ou de vote utile.
La question n’est plus de savoir si la France changera de cap en 2027. Elle est de savoir si les forces qui s’affrontent seront capables de lui en proposer un et si les électeurs leur feront encore assez confiance pour y croire.