G7 d’Évian : la contre-offensive africaine de Paris

Dette, minerais, sécurité, corridors : derrière le sommet du G7, l’Élysée tente de reprendre la main sur un continent déjà courtisé par Pékin, Ankara et les monarchies du Golfe. Récit des manœuvres en coulisses.

par Noël N'DONG
4 minutes lire

Dans les salons feutrés de Évian-les-Bains, face au Léman, tout est prêt pour accueillir les puissances du G7 du 15 au 17 juin. Juste après le sommet Afrique-France de Nairobi au Kenya. Officiellement, il sera question d’intelligence artificielle, de guerre en Ukraine ou de tensions au Moyen-Orient.

Mais en coulisses, un autre dossier monopolise déjà les échanges préparatoires : encore l’Afrique. Et à Paris, personne ne s’en cache vraiment : ce sommet est pensé comme une tentative de reprise d’initiative stratégique sur un continent où l’influence française s’est sérieusement érodée.

« L’Afrique est devenue un terrain de compétition directe »

« Ce n’est plus un sujet de développement. C’est un sujet de puissance », tranche un diplomate européen impliqué dans les négociations préparatoires.

Depuis plusieurs semaines, l’entourage du président Emmanuel Macron multiplie les réunions discrètes avec des institutions financières, des groupes miniers et des partenaires africains.

Objectif : structurer une offre crédible face à la montée en puissance de la Chine… mais aussi de nouveaux entrants plus agressifs.

Minerais critiques : la bataille des sous-sols africains

Premier front, et non des moindres : les minerais stratégiques. Le 20 avril, Paris a organisé un format inédit réunissant G7, banques multilatérales et pays africains producteurs.

Derrière cette initiative, une inquiétude : la dépendance croissante des chaînes industrielles occidentales vis-à-vis de Pékin. Car aujourd’hui, la réalité est brutale :

  • la République démocratique du Congo fournit près de 70 % du cobalt mondial.
  • la Guinée concentre des réserves majeures de bauxite;
  • plusieurs pays africains contrôlent des gisements clés de lithium, manganèse ou graphite.

« Le G7 arrive tard. Les Chinois sont déjà installés », glisse un expert du secteur minier.

Dette : le bras de fer silencieux avec Pékin

Deuxième champ de bataille : la dette africaine. Avec plus de 1 100 milliards de dollars d’encours, le continent est devenu un terrain de négociation complexe entre créanciers occidentaux… et la Chine, désormais premier prêteur bilatéral.

Paris pousse en coulisses pour un nouveau mécanisme de restructuration. Problème : Pékin impose ses propres règles du jeu.

« Les discussions sont extrêmement tendues. Chacun défend ses intérêts financiers et géopolitiques », confie une source proche de la Banque mondiale.

Résultat : derrière les communiqués consensuels attendus à Évian, les lignes de fracture restent profondes.

Sécurité sahélienne : une stratégie à reconstruire

Troisième dossier, plus sensible encore : le Sahel. Après les ruptures successives avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger, Paris cherche une nouvelle architecture sécuritaire.

Mais sans présence militaire directe, l’équation est délicate. C’est dans ce contexte qu’intervient un choix diplomatique révélateur : l’invitation adressée au président kenyan William Ruto.

Selon plusieurs fuites, cette décision s’est faite au détriment du président sud-africain Cyril Ramaphosa. Un arbitrage loin d’être anodin.

« Le Kenya est perçu comme plus aligné, plus stable, et surtout plus opérationnel sur les questions sécuritaires », décrypte un diplomate africain basé à Bruxelles.

Corridors et ports : la nouvelle obsession stratégique

Quatrième front : les infrastructures. De Lomé à Djibouti, en passant par les façades atlantiques et la mer Rouge, les corridors logistiques africains sont devenus des actifs stratégiques majeurs.

Dans un contexte de tensions maritimes et de fragmentation des routes commerciales, le contrôle des flux devient une priorité.

« Celui qui contrôle les ports africains contrôle une partie du commerce mondial de demain », résume un haut responsable européen. Mais là encore, la concurrence est féroce :

  • la Chine finance et exploite déjà de nombreuses infrastructures.
  • la Turquie multiplie les positions portuaires.
  • les Émirats arabes unis avancent agressivement via leurs géants logistiques.

Évian, ou le test de crédibilité du G7

En réalité, le sommet d’Évian pose une question simple, mais redoutable : le G7 peut-il encore peser en Afrique ?

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les échanges entre la Chine et l’Afrique dépassent désormais 295 milliards de dollars, contre environ 65 milliards pour la France.

Et surtout, les capitales africaines ont changé de logiciel. « Elles diversifient, négocient, arbitrent. L’époque des partenariats exclusifs est terminée », observe un analyste.

Une offensive sous pression

À Évian, Paris tentera donc de reprendre la main. Mais sans illusion excessive. Car derrière les initiatives diplomatiques, une réalité s’impose : l’Afrique n’est plus un terrain d’influence acquis. C’est un espace de compétition ouverte. Et dans cette partie, le G7 n’a plus l’avantage.

Vous aimerez aussi

Voulez-vous vraiment déverrouiller cet article ?
Restant à déverrouiller : 0
Êtes-vous sûr de vouloir annuler l'abonnement ?