Episode 1 : Un président sourd et aveugle au message envoyé par les Français (juin 2022- juin 2024).
Juin 2022 : une élection législative pour rien
Cela fait plus de quatre années qu’Emmanuel Macron nargue les Français. En effet, au lendemain de sa réélection, le Président de la République nomma Elisabeth Borne, Première ministre, le 16 mai 2022. Jusque-là tout va bien.
Le problème majeur est que des élections législatives qui ont lieu les 12 et 19 juin ne donnent absolument pas le résultat escompté. L’élan donné par la réélection présidentielle ne joue pas ou peu. Emmanuel Macron conserve l’Elysée par défaut. Il a quasiment désigné son opposante préférée, Marine Le Pen, premier pilier de la stratégie de réélection. Le second est fortuit et opportuniste : le début du conflit russo-ukrainien qu’il va instrumentaliser (déjà) à la perfection.
Néanmoins, les élections législatives constituent un désaveu pour Emmanuel Macron fraichement réélu. En effet, Renaissance et ses alliés n’obtiennent que 245 sièges sur 577, loin de la majorité. Il manque 45. La Vème République impose, dans ce cas, un changement de Premier ministre.
Or, Emmanuel Macron va charger à nouveau, à Elisabeth Borne, très mal réélue, (pour une toute nouvelle titulaire de Matignon) avec 52,4% des voix au 2nd tour, de constituer un gouvernement, le 4 juillet 2022. C’est un premier acte de provocation vis-à-vis des électeurs. Jamais un Président réélu ne s’était trouvé dans cette situation. La situation la plus voisine est celle de François Mitterrand, après sa réélection en 1988. En effet, le gouvernement dirigé par Michel Rocard ne peut compter que sur le soutien de 277 députés. Mais il pouvait, alors, exister des alliances de circonstances avec les communistes ou les centristes. Et surtout, il n’y avait pas de majorité hostile.
Ni changement de Premier ministre, ni « pacte de gouvernement ».
Le Président aurait pu choisir un Premier ministre susceptible d’emmener une partie du PS. Richard Czeneuve aurait pu être celui-là. Ou une personnalité capable d’attirer quelques députés LR. Xavier Bertrand aurait pu être celui-ci. Il n’en fit rien.
A défaut de changer de Premier ministre, Emmanuel Macron pouvait opter pour un pacte de gouvernement avec LR. Il n’en fit rien. Il est vrai que ce parti se vendit, par la suite, pour un plat de lentilles. Une soif de reconnaissance personnelle et de vanités individuelles.
C’est donc depuis juin 2022 que le gouvernement de la France souffre d’un déficit de légitimité en raison d’une assise démocratique restreinte. Et que l’esprit des Institutions de la Vème République, le fait majoritaire, est bafoué. Mais Emmanuel Macron croit tout de même être en mesure donner un cap, une impulsion.
Le 49-3 comme mode gouvernement
L’article 49-3 de la Constitution fera le reste. Elisabeth Borne l’employa 23 fois en moins de vingt mois (Michel Rocard lui, 28 fois en trois ans).
C’est par des recours massif à cet article que le gouvernement Borne survit. Il navigue à vue. Débauchages individuels sur tel ou tel texte, promesses de nominations, tractations de couloir : tout nous ramène à la IVème République et au régime d’assemblées. Il n’est qu’à voir le poids politique pris par ceux qui les président : Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher.
D’après le relevé officiel de l’Assemblée nationale, les 23 recours d’Élisabeth Borne au 49-3 ont porté sur six projets de loi distincts :
- les budgets de l’État pour 2023 et 2024
- les budgets de la Sécurité sociale pour 2023 et 2024
- la réforme des retraites de 2023 et la programmation des finances publiques pour 2023-2027
Nous sommes très loin de textes « symboliques ».
La réforme des retraites apparait comme capitale. Le 16 mars 2023, le gouvernement a engagé sa responsabilité sur le texte, sans vote final de l’Assemblée nationale. Les manifestations massives contre ce texte, au nombre de cinq en deux mois et réunissant chacune plus d’un million de personnes selon le ministère de l’Intérieur et entre 2 et 3,5 millions selon les syndicats n’y ont rien changé. 10,5 millions de personnes en cumulé selon la police, 29 millions selon les syndicats. L’adoption de ce texte par le 49-3 apparait dans l’imaginaire collectif comme un hold-up démocratique.
La première dislocation de la macronie
Comme si cela ne suffisait pas, Gérald Darmanin, le ministre jetable et interchangeable de la macronie, va présenter devant l’Assemblée nationale, un projet de loi immigration.
Les contradictions internes à la macronie, entre l’aile droite et l’aile gauche vont apparaître au grand jour. Le camp présidentiel, déjà minoritaire, et en plus divisé.
Ce texte apparait comme une sorte de suicide politique organisé, compte-tenu de la configuration de l’Assemblée nationale.
Il est rejeté dans un premier temps puis sera finalement adopté sous le contrôle étroit de LR et du RN provoquant une déchirure interne à la macronie. Le camp présidentiel est en lambeau.
Gérald Darmanin a présenté sa démission mais comme toujours, c’est une constante de la macronie, elle est refusée. L’accepter reviendrait à signifier que « Jupiter a fait de mauvais choix ». Ni coupable, ni responsable deviendra une constante du pouvoir macronien. Tous les proches sont protégés de tout, dès qu’ils reçoivent l’onction présidentielle.
L’usure du gouvernement et la gestion calamiteuse de la loi « immigration » convainquent alors Emmanuel Macron de changer de Premier afin de tenter un électrochoc avant les élections européennes qui se profilent.
La tentative d’électrochoc : de la nomination de Gabriel Attal…
Le choix se porte sur Gabriel Attal. Une personnalité très politique et ayant réussi à gravir tous les échelons rapidement dans la hiérarchie gouvernementale. Le temps n’est pas si loin où Jean Castex, alors Premier ministre, écrivait : « Finalement, on a trouvé un os à ronger pour le jeune Gabriel ? » Faisant de lui la dernière roue du carrosse gouvernemental. Chacun sait le rôle capital que joua Brigitte Macron sans sa nomination. Les relations entre Emmanuel Macron et Gabriel Attal, elles, ne sont pas de proximité ou de confiance. C’est néanmoins un pur produit de la macronie qui accède à Matignon. Talentueux, certes, mais totalement insusceptible d’élargir la base politique du gouvernement. L’impasse politique et l’improvisations sont tels que ce gouvernement ne met pas moins d’un mois avant d’être constitué. Sans la moindre raison institutionnelle.
Au débauchage de Rachida Dati
Toute l’opération politique repose sur le débauchage de Rachida Dati. La crainte, l’angoisse de ne plus être ministre et de devoir éternellement se contenter du titre honorifique d’« ancien Ministre », la seule satisfaction de se voir nommer « Madame la ministre » à vie ne sont que de modestes consolations pour cette icône de la sarkozie. L’auteur de la formule lapidaire « En Marche, c’est des traîtres de gauche et des traîtres de droite » devient elle-même un pilier de la macronie. Néanmoins au-delà du coup médiatique réussi, l’impact politique demeure faible.
Une opération secondaire, de « sauvetage » est lancée pour Catherine Vautrin. Elle fut sur le point d’être nommée Première ministre en mai 2022 mais le plan s’effondra en raison des fuites venues de Nicolas Sarkozy. Cette hypothèse souleva une levée de boucliers au sein de l’aile gauche de « Renaissance ». Le Président changea d’avis in fine. Déjà des tensions au sein de l’assemblage hétéroclite autour du Président.
Catherine Vautrin est finalement récompensée pour sa discrétion, sa patience et son absence de rancœur. Là encore l’impact politique demeure faible et le coup médiatique modeste.
Une élection européenne à haut-risque
Ce type d’élection l’est souvent pour le pouvoir en place.
Mais la situation est particulièrement complexe début 2024. Le pouvoir macroniste est très affaibli, faute de majorité à l’Assemblée nationale et le Chef de l’Etat dispose d’une popularité très faible qui voisine les 25% de confiance.
Plus grave encore, le rejet de l’idée européenne se répand auprès des Français. L’Europe, autrefois démultiplicateur de puissance dans la pensée gaullienne, est devenue un repoussoir. Le contrat de base : à la France la politique et la diplomatie ; à l’Allemagne l’économie est rompu depuis longtemps. Le « couple franco-allemand » qui n’a jamais réellement existé, n’a plus la moindre consistance. L’Allemagne entend désormais disposer de tous les attributs de la puissance et le tête-à-tête avec la France est devenu totalement déséquilibré. Souvent, L’Allemagne décide, la France exécute. Et si la France résiste, devient l’empêcheur de tourner en rond, alors Berlin sait parfaitement trouver d’autres alliances pour la contourner.
L’Europe : des abandons de souveraineté pourquoi faire ?
Les Français perçoivent que l’Europe est devenue un étau qui empêche la France d’être elle-même. Que les abandons de souveraineté n’ont pas rapporté grand-chose. Que l’Europe désormais élargie n’est plus aussi influençable que par le passé et est désormais un bloc hétérogène au sein duquel les intérêts sont très divergents. La France n’est plus que l’un des pays qui compte dans cet assemblage européen. Sa diplomatie, entravée, a perdu toute indépendance et originalité. L’Europe de la Défense, un mythe lointain auquel les Allemands n’adhèrent absolument plus. Et le Brexit a privé toute avancée majeure dans ce domaine avec le Royaume-Uni.
La Commission Européenne, de plus en plus omnipotente et son l’image désastreuse. A la tête de cette institution, Ursula Von Der Leyen veille davantage à préserver les intérêts économiques allemands qu’européens.
« L’Europe, c’est la paix » ne trouve plus la moindre résonnance auprès des générations qui n’ont pas connu la 2nde guerre mondiale. Et le conflit russo-ukrainien est là, après les Balkans, pour rappeler que l’Europe ce n’est même plus forcément la paix.
Alors que le pouvoir macronien est faible et l’Europe devient une sorte de boulet, se profile une élection à très haut risque.