Mer de Chine méridionale, la pression permanente sur Manille

par Ghizlaine Badri
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Une multiplication d’incidents sur plusieurs fronts

Depuis le début du mois d’octobre, la mer de Chine méridionale connaît une accumulation d’incidents qui dépasse le simple bruit de fond habituel. Selon USNI News, les forces chinoises et philippines se sont affrontées de manière dangereuse. Au moins six fois depuis le 1er octobre, à Scarborough, à Second Thomas et dans les Spratleys. Un nouveau foyer de tension est apparu dans le détroit de Luçon, près des îles Batanes. Les épisodes sont variés :

  • Le 3 octobre, un chasseur J-16 de l’armée de l’air chinoise s’est approché d’un petit avion philippin Cessna C-208 au-dessus de Scarborough
  • A Loaita, des garde-côtes philippins ont repoussé un navire de milice maritime chinoise accompagné de 22 petits bateaux de pêche
  • Cette variété montre que la pression chinoise ne se limite plus à un seul point. Elle s’exerce sur plusieurs fronts à la fois. Dans les airs comme en mer, et touche désormais le nord de l’archipel philippin.

Second Thomas Shoal, un récif sous tension

Le cas de Second Thomas Shoal (Ayungin pour Manille, Ren’ai pour Pékin) reste le plus emblématique. En effet, cette semaine, des navires de guerre et des garde-côtes chinois ont bloqué une mission de ravitaillement philippine vers le récif, ce que le média décrit comme l’évolution la plus significative de la période. Sur ce récif submergé repose le Sierra Madre, vieux navire que les Philippines ont volontairement échoué en 1999 pour y asseoir leur revendication. La Chine le considère comme illégal et en réclame le retrait, thèse que Manille rejette. Après la grave altercation de juin 2024, au cours de laquelle des garde-côtes chinois avaient abordé des embarcations philippines et confisqué des armes, les deux pays avaient conclu un arrangement provisoire. Il permettait à Manille de ravitailler ses militaires. Cet arrangement a longtemps tenu. Fin septembre, la presse rappelait que 15 missions de ravitaillement s’étaient déroulées sans incident jusqu’à début août. Sa fragilité est désormais évidente.

Un accord provisoire, deux interprétations

La querelle porte précisément sur ce que l’accord autorise. Pour Manille, la zone est incluse dans sa zone économique exclusive, aucune permission chinoise n’est requise, et l’arrangement. Pékin parle de provocations, accuse les Philippines de renier leurs engagements et ignorer ses avertissements. Les deux capitales se renvoient la responsabilité des incidents. Après un accrochage en juillet entre un navire des garde-côtes chinois et deux canots pneumatiques de la marine philippine, la Chine a déposé une protestation officielle. Accusant Manille d’avoir attaqué ses garde-côtes. Le 20 juillet, les États-Unis ont condamné les actions « dangereuses et agressives » de Pékin contre des marins philippins. Ils ont rappelé leur soutien à leur allié. Les Etats-Unis ont réaffirmé que la décision arbitrale de 2016, jugeant les revendications chinoises infondées en droit international, est définitive et contraignante. La Chine ne reconnaît pas cette décision, ce qui prive le dossier de tout cadre juridique commun.

La zone grise, test pour l’alliance américano-philippine

Derrière ces accrochages, c’est la crédibilité de l’alliance américano-philippine qui se joue. Washington a déjà indiqué que toute attaque armée contre des navires publics philippins en mer de Chine méridionale déclencherait les obligations du traité de défense mutuelle. Pékin, de son côté, agit sous le seuil du conflit. Ses garde-côtes ont annoncé des exercices portant sur l’abordage, l’inspection, l’interdiction d’intrusion et le remorquage forcé. C’est la logique de la « zone grise » : harceler, bloquer et intimider sans tirer, de façon à modifier la situation sur le terrain sans déclencher de riposte armée. Le risque tient à l’usure et à l’erreur. A force de frôler la ligne rouge, un accident, un blessé grave ou un mort pourrait obliger chacun à réagir plus durement qu’il ne le souhaite. Pour toute l’Asie du Sud-Est, et pour les pays qui dépendent de ces routes maritimes, l’issue de ce bras de fer dira si la coercition peut être contenue sans guerre, et si les garanties de sécurité américaines demeurent crédibles.

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