Abdul El-Sayed, premier musulman élu au Sénat américain

Le démocrate Abdul El-Sayed a remporté la course au Sénat dans le Michigan face à l’ancien élu républicain Mike Rogers. Il devient le premier musulman jamais élu à la chambre haute du Congrès, et le premier médecin démocrate à y siéger depuis 1969. Fils d’immigrés égyptiens, ancien responsable de santé publique, il n’avait jamais exercé de mandat électif avant ce scrutin

par Ghizlaine Badri
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Cette victoire prolonge une progression lente de la représentation musulmane à Washington : Keith Ellison avait été le premier musulman élu au Congrès en 2006, puis Ilhan Omar et Rashida Tlaib les premières musulmanes en 2018, mais le Sénat restait jusqu’ici hors d’atteinte. Le siège était ouvert depuis que le démocrate Gary Peters avait renoncé à se représenter, ce qui a donné lieu à une bataille intense dans un État clé. Elle s’inscrit enfin dans un scrutin de mi-mandat favorable à son camp, puisque les démocrates ont gagné du terrain dans la bataille pour le contrôle du Sénat.

Gaza et l’aide à Israël, au cœur de sa ligne internationale

Sur le plan géopolitique, ce sont ses positions sur le Moyen-Orient qui ont fait de lui une figure singulière. El-Sayed décrit la conduite d’Israël à Gaza comme un génocide et s’oppose à l’envoi de nouvelles aides militaires à ce partenaire historique des États-Unis, rompant ainsi avec la ligne longtemps associée à l’establishment démocrate. Israël rejette cette qualification. Il affirme par ailleurs avoir condamné le Hamas dès le premier jour : il estime que le mouvement a commis des crimes de guerre. Son argumentaire associe dimension morale et choix budgétaires. Il soutient que l’argent des contribuables américains ne devrait pas financer des armées étrangères, et il dénonce ce qu’il appelle la déshumanisation du peuple palestinien, en l’intégrant à une critique plus large de l’influence de l’argent en politique. Ses adversaires lisent ces prises de position de façon beaucoup plus sévère : des tribunes publiées dans la presse israélienne lui reprochent d’avoir remis en cause même l’aide défensive à Israël, et d’avoir contesté le principe d’un État spécifiquement juif.

Un électorat qui bouge et une fracture démocrate exposée

Cette ligne ne tombe pas du ciel : elle épouse une évolution de l’opinion que la campagne a rendue visible. Un sondage cité pendant la course indiquait que 55 % des électeurs du Michigan étaient favorables à l’arrêt de l’aide militaire à Israël, contre 44 % qui souhaitaient la poursuivre. L’État abrite une importante communauté arabo-américaine, notamment à Dearborn, qui a vu dans cette candidature une occasion historique d’affirmer son poids politique. Lors de la primaire, il avait battu la députée Haley Stevens, et les deux candidats incarnaient des positions très opposées sur Israël et Gaza. Selon certains médias, l’AIPAC a dépensé massivement contre lui, ce qui a fait de cette course le symbole de la division des démocrates sur Israël. Le débat dépassait d’ailleurs le seul dossier israélo-palestinien : la politique étrangère, y compris la guerre avec l’Iran, s’est entremêlée aux préoccupations sur l’inflation, le prix de l’essence et l’usage de l’argent public. Son élection est ainsi perçue comme une percée de l’aile progressiste du Parti démocrate.

Quel poids réel sur la politique étrangère américaine ?

Reste à mesurer ce que cette victoire changera concrètement. El-Sayed a exprimé son souhait de siéger à la commission des Affaires étrangères, mais les affectations relèvent de la direction du groupe démocrate, et l’on ignore encore s’il obtiendra ce poste. Un seul sénateur ne suffit pas à infléchir la relation avec Israël, qui repose sur des majorités des deux partis, sur l’exécutif et sur des décennies d’engagements. Sa voix sera néanmoins audible, d’autant que la question d’Israël est devenue un point de friction dans plusieurs courses sénatoriales clés, ce qui oblige son parti à clarifier sa position. Pour les chancelleries du Moyen-Orient et les opinions arabes et musulmanes, cette élection constitue avant tout un signal : celui d’une vie politique américaine plus ouverte, et d’un débat sur l’aide militaire à Israël désormais installé au cœur du Parti démocrate. Reste à voir si ce signal se traduira en votes et en lois, ou s’il demeurera surtout symbolique.

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