Un agenda chargé, peu de décisions concrètes
Le bilan est pourtant mince. Le sommet a confirmé un schéma familier : de larges déclarations de solidarité, peu d’avancées sur les dossiers les plus difficiles, et un renvoi des décisions à la Commission et à de futures réunions, dont un sommet spécial sur le budget le 26 novembre.
Budget 2028-2034 : le texte de la présidence irlandaise enterré
Les dirigeants ont rappelé que trouver un accord avant la fin de 2026 permettrait d’adopter les textes en 2027 et de verser les fonds sans rupture dès janvier 2028. Mais les « frugaux », contributeurs nets, et les « amis de la cohésion » du Sud et de l’Est sont restés sur leurs positions. La proposition de la présidence irlandaise, qui retranchait 141 milliards d’euros du budget global pour rassurer les frugaux, est officiellement enterrée. Plusieurs capitales ont même laissé entendre qu’elles ne ressentaient guère l’urgence. Le calendrier devient d’autant plus serré que la Commission doit aussi traiter la question ukrainienne.
Ukraine : un trou de 70 milliards d’euros pour 2027
Les dirigeants ont condamné les attaques russes systématiques contre les civils et les infrastructures, notamment énergétiques, et appelé à renforcer la résilience ukrainienne avant l’hiver. Ils ont salué les versements du prêt de 90 milliards d’euros prévu pour 2026 et 2027, ainsi que la prolongation et la révision du mandat de la mission d’assistance militaire de l’UE (EUMAM). Ursula von der Leyen a indiqué que près de 16 milliards d’euros avaient été versés au titre du volet défense du prêt. Mais Volodymyr Zelensky a demandé 70 milliards supplémentaires pour 2027, estimant que la guerre coûterait environ 155 milliards d’euros cette année-là, bien plus que le prêt existant. Les dirigeants ont chargé la Commission de proposer une solution. Cette demande bouleverse les plans de l’Union, qui tablait sur un prêt couvrant les deux années.
Énergie, migrations, Chine : des fractures visibles
La facture énergétique nourrit les tensions. Les prix du gaz ont augmenté d’environ 140 % depuis fin février et ceux du diesel ont doublé, a-t-on rappelé à l’issue du sommet. Antonio Costa a assuré que les dirigeants avaient convenu d’une réponse coordonnée à court terme. Le groupe de Visegrád et l’Italie ont réclamé que les conclusions appellent à de nouvelles mesures contre les variations de court terme des prix de l’électricité et à un réexamen du système d’échange de quotas d’émission (ETS). Un responsable européen a jugé la discussion d’une technicité excessive pour ce niveau politique, destinée surtout à rassurer les opinions nationales. Le Danemark, l’Italie et la Pologne ont par ailleurs plaidé pour un langage plus ferme sur les migrations. Sur le front commercial, les Vingt-Sept ont affiché leur détermination à créer de nouveaux outils de défense commerciale face à la Chine. Des discussions commerciales UE-Chine avaient eu lieu à Pékin les 8 et 9 octobre, et l’UE a tenu début octobre son dixième Conseil d’association avec la Moldavie, tandis que la Commission présentait sa nouvelle approche du pré-élargissement. Les 29 et 30 octobre, Costa et von der Leyen ont enfin représenté l’Union à Montréal, au sommet avec le Canada.