Fatima Ezzahra El Mansouri, la première femme à la tête du gouvernement

par Ghizlaine Badri
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Un scrutin marqué par la défiance et une majorité sortante fragilisée

Le 23 septembre 2026, les électeurs marocains ont renouvelé l’ensemble des 395 sièges de la Chambre des représentants, dans un climat plus sombre que ne le laissait supposer l’enjeu. La participation n’a atteint que 38,08 %. Près de treize points de moins que lors scrutin précédent. Un recul qui traduit une lassitude profonde d’une partie de la population. Les questions soulevées par les mobilisations de 2025 sont restées au cœur du débat : emploi, logement, accès aux services publics. Les partis ont multiplié les propositions pour séduire les plus jeunes. Pourtant, l’agence Reuters relevait en septembre que beaucoup de jeunes Marocains conservaient une défiance marquée envers les institutions et les formations installées. La campagne s’est aussi déroulée au sein d’une majorité sortante déjà fragilisée. Si le RNI, le PAM et l’Istiqlal sont restés ensemble au gouvernement, leurs relations sont devenues de plus en plus concurrentielles. Des élus ont été été débauchés chez les partenaires, rompant un accord tacite en vigueur depuis la formation de la coalition. Le résultat des urnes a ainsi confirmé une recomposition annoncée du paysage politique. A un moment où les attentes sociales n’avaient jamais été aussi pressantes.

Le PAM en tête, sans majorité absolue

Le Parti authenticité et modernité (PAM) est sorti vainqueur de ce scrutin morcelé. Il arrive en tête avec 97 sièges, sans toutefois atteindre la majorité absolue dans la nouvelle Chambre. Dix sièges de plus qu’en 2021, tandis que le recul du parti du chef de gouvernement sortant, Aziz Akhannouch, a été interprété comme un effondrement. Pour une formation née en 2008 dans l’orbite du pouvoir et longtemps perçue comme un parti de l’establishment, cette première place représente un aboutissement. Elle consacre aussi le travail de renouvellement entrepris à sa direction. Au congrès national du PAM, le mandat d’Abdellatif Ouahbi a pris fin et Fatima Ezzahra El Mansouri. Avec d’autres cadres, dans le cadre d’une direction collégiale dont elle est devenue la coordinatrice. Elle est ainsi, depuis 2023, la première femme à conduire un grand parti de la majorité, une étape qui a préparé sa à la tête du nomination à la tête du gouvernement.

Du fauteuil de maire de Marrakech à la primature

La trajectoire d’ El Mansouri explique en grande partie l’attention portée à sa nomination. Avocate de formation, âgée de 50 ans, elle avait déjà été la première femme élue maire de Marrakech. Elle avait remporté un siège au conseil municipal lors d’élections contestées en 2009, avant d’être choisie pour diriger la ville. Elle a occupé ce fauteuil de 2009 à 2015, puis de nouveau depuis 2021. Gestionnaire de la cité ocre, l’une des principales vitrines touristiques du royaume, elle a aussi exercé des responsabilités nationales telles ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville. Un portefeuille directement lié aux préoccupations de logement et de cadre de vie évoquées plus haut. Sur le plan idéologique, elle associe modernisation sociale, avec la promotion des femmes et le statut officiel de l’amazighe, et économie de marché. Tout en s’opposant fermement à l’islam politique. Ce profil, à la fois technocratique et réformateur, nourrit les espoirs de ses partisans… Comme les réserves de ses détracteurs, qui y voient la continuité d’un système plus que sa remise en cause.

Une nomination historique, mais une coalition à construire

La nomination est intervenue le mardi 29 septembre. L’article 47 de la Constitution prévoit que le Roi choisisse le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête. Mohammed VI a reçu El Mansouri au Palais royal de Rabat et l’a chargée de cette mission. Elle doit constituer une majorité parlementaire. El Mansouri devient la première femme à occuper ce poste dans le royaume et la troisième Première ministre du monde arabe. Elle a elle-même qualifié sa nomination de véritablement historique. Mais la symbolique ne suffit pas, car le plus difficile commence. En effet, pour atteindre les 198 sièges, il lui faut convaincre d’autres partis. Elle a indiqué qu’elle n’avait aucune ligne rouge dogmatique et restait ouvert à de larges discussions, dans un paysage où le PJD islamiste retrouve de la vigueur au Parlement. Les négociations s’annoncent délicates, entre anciens partenaires échaudés par la campagne et adversaires idéologiques que tout oppose.

Des défis immenses : redonner espoir et regagner la confiance

Au-delà de l’arithmétique parlementaire, les défis qui attendent la nouvelle cheffe du gouvernement sont considérables. Elle affirme vouloir redonner de l’espoir aux jeunes, dans un pays confronté à de profondes attentes économiques et sociales. Cela suppose des réponses concrètes en matière d’emploi, de logement, de santé et d’éducation, alors que le Maroc se prépare à de grands rendez-vous internationaux. L’un d’eux est la Coupe du monde 2030 qu’il coorganisera avec l’Espagne et le Portugal, et qui exige des investissements massifs sans faire oublier les disparités territoriales. Il lui faudra aussi regagner la confiance d’un électorat qui s’est peu mobilisé, ce qui constitue en soi un avertissement. Son atout est une légitimité inédite et un parcours de terrain, sa faiblesse une victoire relative qui la place sous la dépendance de ses futurs alliés. L’histoire retiendra qu’une femme a pour la première fois dirigé le gouvernement marocain. Mais c’est son bilan, bien plus que sa nomination, qui dira si cette séquence marque un véritable tournant ou simplement une alternance de plus.

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