Maroc : le gouvernement El Mansouri, entre continuité des poids lourds et arrivée de profils politiques et technocratiques

Le 16 octobre 2026, le roi Mohammed VI a nommé au Palais royal de Rabat le gouvernement dirigé par Fatima Ezzahra El Mansouri, qui compte 32 membres, dont 19 ministres, le secrétaire général du gouvernement et 11 ministres délégués. Cet exécutif réunit quatre formations politiques et compte six femmes à la tête de portefeuilles ministériels. Treize ministres ont été reconduits, dont les ministres de souveraineté. Bourita, Ouahbi, Lekjaa, Baraka et plusieurs autres sont déjà connus du grand public. Les profils qui suivent, de Kayouh à Koukouss, méritent un examen plus attentif. Le Gouvernement El Mansouri est officiellement formé.

通过 吉兹拉奈·巴德里
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Abdessamad Kayouh et Charafat Afailal : deux vétérans aux dossiers stratégiques

Abdessamad Kayouh, ministre du Transport et de la Logistique, est un familier du système. Né le 11 avril 1966 à Oulad Teima, dans la province de Taroudant, il est député du Souss-Massa depuis 1997. Il fut ministre de l’Artisanat de 2012 à 2013 et premier vice-président de la Chambre des conseillers en 2018. Il est diplômé en commerce international et titulaire d’un master en sciences politiques. Membre de l’Istiqlal, il occupe ce portefeuille depuis octobre 2024. Il se place aussi sur le terrain diplomatique : en avril 2026, il a rencontré son homologue russe à Saint-Pétersbourg, en marge d’un forum international.

Charafat Afailal, nommée à l’Énergie, aux Mines et au Développement durable, vient d’un autre univers. Née en 1972 à Tétouan, issue de l’École Mohammadia d’ingénieurs, elle fut l’une des premières femmes à entrer au PPS, puis députée et vice-présidente de la Chambre des représentants en 2011. Elle est devenue en octobre 2013 ministre déléguée chargée de l’Eau. En 2015, elle a signé avec la Palestine un mémorandum de coopération sur la gestion de l’eau. Elle avait ensuite été écartée du gouvernement sous Saâdeddine El Othmani. Son retour, sur un portefeuille élargi à l’énergie, est à la fois un signal politique et un choix de compétence sur deux dossiers liés à la sécurité du pays.

Abderrahim Chahid et Samir Belfkih : du Parlement et de l’opposition à l’exécutif

Abderrahim Chahid, nouveau ministre de l’Emploi et du Dialogue social, était le visage de l’opposition ittihadie. Membre du bureau politique de l’USFP, il présidait le groupe socialiste-opposition ittihadie à la Chambre des représentants. En 2024, il accusait le gouvernement Akhannouch d’éluder ses dix engagements et de produire trop de chômage. En avril 2026, il résumait le bilan de ce gouvernement par les mots incapacité et désengagement. Il hérite donc d’un dossier, l’emploi, sur lequel il était l’un des critiques les plus constants.

Samir Belfkih, ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, et porte-parole du gouvernement, a un parcours plus sinueux. Natif de Sefrou, ancien député du PAM et membre de son bureau politique. Il siégeait au Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique. En 2020, il a été candidat malheureux au secrétariat général du PAM et a démissionné de toutes les instances du parti. En 2023, il a présenté au SIEL un livre sur le virage politique du Maroc, sous l’égide de l’Université Mohammed V. Le voici de retour au cœur du dispositif, aux côtés de Ouahbi, qui conserve la Justice.

Ahmed Rahhou : le banquier-diplomate chargé de l’intelligence artificielle

C’est la nomination la plus commentée. Ahmed Rahhou prend la tête d’un ministère de l’Intelligence artificielle, de la Transformation numérique et de la Réforme de l’administration. Né le 25 juin 1958 à Meknès, il est ingénieur de l’École polytechnique et de l’École nationale supérieure des télécommunications à Paris. Il a débuté à la Royal Air Maroc en 1982 puis est devenu directeur général adjoint du Crédit du Maroc en 1994. Il a été PDG de Lesieur Cristal en 2003, puis PDG du CIH Bank en 2009. Ahmed Rahhou a mené pendant dix ans une politique de digitalisation des services bancaires. En juin 2019, il est devenu ambassadeur du Roi auprès de l’Union européenne. Le 22 mars 2021, il a succédé à Driss Guerraoui à la présidence du Conseil de la concurrence, qu’il quitte pour entrer au gouvernement. Ce parcours combine ingénierie, banque, industrie, diplomatie européenne et régulation. C’est un profil rare pour piloter un secteur où le Maroc veut peser face à Bruxelles, aux grandes plateformes américaines et aux acteurs asiatiques.

Jalal Charaf et Najwa Koukouss : l’ingénieur du numérique et la militante de terrain

Jalal Charaf, ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie solidaire, est un pur produit des grandes écoles. Ingénieur de l’École Centrale Paris, il a étudié à Cornell et à Harvard Business School et a dirigé la CGEM, le patronat marocain. Il a ensuite pris la direction générale de l’École Centrale de Casablanca après le départ de Ghita Lahlou. Najwa Koukouss, ministre de la Famille, du Développement social et de l’Égalité, incarne au contraire une trajectoire partisane classique. Originaire du quartier populaire de Derb Soltane à Casablanca, elle prend la tête de la jeunesse du PAM en 2015, à 25 ans, et prépare alors son concours d’avocate. Elle a commencé dans l’associatif, à la Maison des jeunes, avant de rejoindre le PAM comme militante de base. Députée et avocate, elle est devenue présidente du Conseil national du parti, succédant à Fatima Ezzahra El Mansouri. La boucle est bouclée. La nouvelle cheffe du gouvernement retrouve à ses côtés celle qui lui a succédé à la présidence du Conseil national du PAM.

Entre technocrates, vétérans et cadres de parti, ce gouvernement mêle expertise et fidélité politique, avec l’ambition affichée de placer le Maroc dans la compétition numérique, logistique et énergétique des prochaines années.

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