Éthiopie et Érythrée, la fin d’une réconciliation

Le 1er octobre 2026, deux voisins que l'on croyait réconciliés ont rompu leurs relations. L'Érythrée a officiellement coupé les liens diplomatiques avec l'Éthiopie, après que celle-ci a fermé son ambassade à Asmara et expulsé dix diplomates érythréens, alors que les combats dans le nord éthiopien comptaient parmi les plus violents depuis la guerre du Tigré de 2020-2022. L'escalade a été très rapide.

بأعداد غيزلين بادري
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Une rupture diplomatique sur fond de combats

Elle est survenue quelques heures après de fortes explosions entendues de nuit à Addis-Abeba, notamment près du quartier général militaire. Dans son communiqué, le ministère érythréen des Affaires étrangères a présenté la décision d’Addis-Abeba comme « stupéfiante ». Il a affirmé n’avoir d’autre choix que d’y répondre à l’identique, en évoquant de possibles « conséquences négatives ». Le ton employé, à la fois indigné et menaçant, montre que cette rupture n’est pas un simple geste protocolaire mais le symptôme d’une crise profonde.

Accusations d’ingérence et escalade militaire

Le cœur du différend est une accusation d’ingérence. Addis-Abeba reproche à Asmara d’armer et de soutenir des forces rebelles hostiles au gouvernement dans le nord du pays. Asmara conteste. Avant la rupture, son ministre de l’Information, Yemane Gebremeskel, avait rejeté ces accusations dans une interview rare accordée à la BBC. Le conflit s’est ensuite militarisé. Des responsables éthiopiens estiment que jusqu’à 8 000 soldats érythréens se trouvent au Tigré pour appuyer les rebelles qui ont attaqué les forces fédérales le mois dernier, et l’Éthiopie a mené des frappes de drones contre eux. Ces chiffres sont avancés par un camp et n’ont pas été vérifiés de manière indépendante. Le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Gedion Timothewos, a qualifié la conduite érythréenne d’acte d’agression flagrant qui fonde le droit éthiopien à la légitime défense. Tandis qu’Asmara dénonce à son tour une guerre d’agression non provoquée. Chaque camp s’attribue ainsi le rôle de victime, ce qui rend toute médiation plus difficile.

De la paix de 2018 à l’effondrement d’une alliance

Pour saisir la portée de cet épisode, il faut rappeler le retournement qu’il représente. En 1962, l’Éthiopie avait annexé l’Érythrée, et quand Abiy Ahmed est arrivé au pouvoir en 2018, il avait entrepris de normaliser les relations avec Asmara. Cette paix lui avait valu le prix Nobel et incarnait l’espoir d’une Corne de l’Afrique apaisée. Pourtant, après la guerre de 2020-2022, au cours de laquelle l’Érythrée combattait aux côtés du gouvernement éthiopien contre le TPLF, les relations se sont dégradées. Asmara était mécontente de la manière dont le conflit s’était conclu et redoutant une invasion éthiopienne. L’accord de Pretoria avait en effet été conclu sans les Érythréens ni les forces amhara, ce qui laissait des questions centrales sans réponse. Les alliés d’hier sont ainsi redevenus des adversaires. La raison en est une paix qui n’avait réglé ni la question de la sécurité érythréenne, ni celle des ambitions éthiopiennes.

La mer Rouge, enjeu d’une guerre régionale

Ces ambitions sont l’enjeu stratégique de fond. L’Éthiopie est enclavée, et Abiy Ahmed souhaite obtenir un port sur la mer Rouge, à l’intérieur des frontières reconnues de l’Érythrée. Cela supposerait soit une action militaire, soit une cession de Massawa ou d’Assab, que l’Érythrée n’envisage pas de consentir. Le conflit risque en outre de s’élargir. Addis-Abeba accuse aussi l’Égypte de s’être jointe à l’Érythrée pour soutenir les rebelles tigréens. Les deux pays ont procédé à des expulsions diplomatiques réciproques, sur fond de contentieux non réglé autour du Grand barrage de la Renaissance. L’Éthiopie fait de même grief au Soudan, déjà ravagé par sa propre guerre. L’Union africaine a appelé l’Éthiopie, l’Érythrée et l’Égypte à la retenue et à régler leurs différends par la voie diplomatique. L’enjeu est considérable : une guerre ouverte dans cette région menacerait la stabilité de la mer Rouge. L’une des routes maritimes les plus sensibles de la planète, et pourrait provoquer de nouveaux déplacements massifs de population. Dans une région qui compte déjà parmi les plus fragiles du continent.

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