Brésil, une présidentielle sous influence américaine 

Le dimanche 4 octobre, le Brésil vote pour un scrutin que beaucoup jugent aussi géopolitique que national. Il oppose le président sortant Luiz Inácio Lula da Silva, 80 ans, candidat à un quatrième mandat, au sénateur conservateur Flávio Bolsonaro, 45 ans, fils de l'ancien président Jair Bolsonaro, actuellement détenu.

بأعداد غيزلين بادري
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Lula contre un Bolsonaro par procuration

Jair Bolsonaro purge une peine de 27 ans de prison pour tentative de coup d’État. L’histoire recommence donc, mais à l’envers : en 2018, c’est Bolsonaro qui affrontait Lula par procuration, et en 2026 la symétrie s’inverse, puisque Lula affronte Bolsonaro par procuration. Rappelons que Lula l’avait emporté en 2022 avec 50,9 % des voix contre 49,1 %.

Un second tour incertain

Les sondages dessinent un premier tour favorable au président, mais un second serré. Lula est en tête avec 7 à 9 points d’avance, mais sans dépasser 45 % des intentions de vote, ce qui laisse l’issue du second tour ouverte. Les instituts divergent nettement : Datafolha donne Lula à 46 % contre 44 % pour Flávio Bolsonaro, tandis que Futura place le candidat d’opposition devant, à 48,1 % contre 43,7 %. Un facteur pourrait fausser les mesures : une société de gestion estime que l’abstention se concentre chez les électeurs modestes, qui forment la base de Lula, ce qui pourrait faire surestimer sa force réelle le jour du vote. Le second tour, si nécessaire, aura lieu le 25 octobre.

Scandales, rejet et troisième voie

La campagne est aussi marquée par un affaiblissement du camp Bolsonaro. Après de nouvelles révélations, Flávio est devenu le nom le plus rejeté de la scène politique, 52 % des électeurs excluant de voter pour lui, et 47 % des Brésiliens redoutent davantage sa présidence qu’une réélection de Lula. Mais le scandale Banco Master, qui éclabousse le Parlement, la magistrature et l’exécutif, nuit à l’ensemble de la classe politique : environ 40 % des électeurs estiment qu’il touche tout le monde plutôt qu’un seul camp. La part d’électeurs souhaitant un candidat soutenu ni par Lula ni par Bolsonaro est montée à 27 %, mais elle se disperse dès qu’il faut choisir un nom.

Washington dans la campagne

La dimension internationale est au cœur du scrutin. Lula entend demander à Donald Trump de ne pas se mêler de l’élection brésilienne, alors que Washington a imposé de nouvelles surtaxes au pays. L’appui d’autres dirigeants de droite compte aussi, mais il peut se retourner contre le candidat : le soutien inconditionnel de Javier Milei à Bolsonaro a fini par aliéner le centre politique brésilien, ce qui a servi Lula au premier tour. Pour beaucoup d’observateurs, ce vote décidera de l’orientation de toute l’Amérique latine : soit un pôle de résistance à la pression américaine, soit un alignement plus net sur Washington.

Un enjeu mondial : la place du Brésil dans le nouvel ordre

Le Brésil est devenu un acteur central de la géopolitique. Sa politique étrangère, axée sur l’inclusion sociale, les droits humains et la paix, s’appuie sur une approche à la fois latino-américaine et mondialiste, qui a fait du pays un acteur clé. Le résultat déterminera aussi la posture du pays dans les grandes négociations internationales, du climat aux minerais critiques, à un moment où Washington et Pékin se disputent l’influence sur les pays du Sud. Qu’il soit réélu ou remplacé, le futur président héritera d’un pays courtisé par toutes les puissances, et dont les choix pèseront bien au-delà de ses frontières. 

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