Peut-il tenir jusqu’en mai ?

Les résultats des élections européennes sont catastrophiques pour la majorité présidentielle. Le RN sous la houlette de Jordan Bardella réalise 31,4% des voix. Marion Maréchal réalise un score très en deçà des attentes. L’ascension du premier est accélérée tandis que La rétrogradation politique de la seconde est entamée. Les Républicains renouent avec leur tradition de défaite…Mais dans l’inconscience et (presque) la joie.

通过 埃尔万·达沃
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Episode 2 : le cataclysme institutionnel de la dissolution manquée et le déni de réalité présidentiel

Des élections Européennes pires que prévu

François-Xavier Bellamy qui avait déjà conduit à un désastre électoral lors des européennes de 2019 (présentant des excuses et faisant amende honorable), se réjouit, cette fois, d’un score encore moindre qui ramène le parti, censé représenter la droite et le centre à 7% des voix. On ne change pas une équipe qui perd. Il suffit juste de tenter transformer une déroute en victoire. Une absence de lucidité, de ligne politique et de leaders qui conduiront probablement ce parti politique à disparaître inéluctablement après l’élection présidentielle de 2027.

Le camp présidentiel, conduit par l’insipide Valérie Hayer, ne réalise que 14,6% des voix. Un échec cuisant mais prévisible. (cf épisode 1)

Emmanuel Macron opte pour une campagne éclair et se résigne à une arrivée du RN au pouvoir qui peut lui être bénéfique

Emmanuel Macron va surréagir politiquement, actionnant la dissolution de l’Assemblée nationale. Il prend (enfin) la mesure de la crise politique, de confiance et de légitimité. Il le fait avec une stratégie claire :

1) tenter de faire reconduire le maximum de députés sortants

2) favoriser l’arrivée au pouvoir de Jordan Bardella.

Une campagne éclair

Afin de favoriser le premier objectif, il fixer les dates des élections législatives le plus tôt possible et choisit la durée de campagne la plus courte autorisée par la Constitution : 20 jours. Il prétextera la tenue prochaine des Jeux Olympiques. Une prétexte qui ne tient pas la route : le gouvernement Attal expédiera les affaires courantes pendant 51 jours. Cette durée extrêmement réduite a aussi pour effet de priver le pays d’un vrai débat public. La démocratie se réduit désormais au respect de simples procédures que l’on fait mine de respecter. L’esprit démocratique, l’esprit des Institutions ont, eux, disparu de longue date.

Une campagne courte est naturellement une prime aux sortants qui disposent d’une notoriété locale et d’un micro-parti permettant de faire des dépenses de campagne dès l’annonce de la dissolution. Tandis que les nouveaux candidats sont contraints d’effectuer des démarches très lourdes de désignation d’un mandataire financier, d’ouverture d’un compte de campagne, d’obtention d’un moyen de paiement. Par ce type de subterfuge, Emmanuel Macron tente de favoriser les 250 députés qui le soutiennent.

Une victoire du RN annoncée

Mais il est conscient que cela ne sera pas suffisant. Il voit venir la victoire du RN qui présente, pour lui, deux avantages. Le premier est celui d’en faire un président de cohabitation, père de la nation, luttant contre les potentiels excès du RN. Se poser en rassembleur et sortir pas la grande porte plutôt que sous les quolibets.

Le second est moins personnel. Il s’agit de lever l’hypothèque RN pour la présidentielle de 2027. Emmanuel Macron mise clairement sur l’échec d’un gouvernement Bardella qui discréditerait le RN dans la perspective de l’élection présidentielle de 2027.

La victoire programmée du RN semble se confirmer à l’issue du premier tour qui constitue indiscutablement une vague « bleue marine »: 7 765 936 voix se portent sur le RN soit 31, 37% des suffrages exprimés, quasiment le même score qu’aux élections européennes.

Les nombreuses triangulaires ou quadrangulaires qui se dessinent devraient permettre au RN de disposer d’une majorité à l’Assemblée nationale ou a minima d’en approcher.

La revanche de Gabriel Attal

Congédié comme un malpropre de Matignon, Gabriel Attal va s’employer à assurer sa survie politique :  contrecarrer le plan d’Emmanuel Macron et provoquer la défaite du RN.

Le « Front Républicain » dont il est le principal stratège va réussir à remodeler très significativement les résultats du premier tour. Les désistements massifs de candidats afin de réduire les triangulaires, les consignes de vote parviennent à freiner la victoire annoncée du RN. L’étrange comportement de ce parti, sans aucune stratégie d’entre-deux tours et les bourdes en série commises par ses candidats aideront Attal dans son entreprise. Comme si le RN souhaitait approcher du pouvoir mais craignait de l’exercer réellement.

Une nouvelle Assemblé nationale fragmentée

Emmanuel Macron va user et abuser de se pouvoir. Pendant 51 jours, un gouvernement expédie les affaires courantes, deux mois quasiment sans la moindre légitimité. Le caprice du Prince, du jamais vu sous la Vème République.

C’est une assemblée sans majorité et, bien pire encore, constituée de plusieurs blocs antagonistes qui émerge. Sur le papier, aucune majorité n’est possible, même d’idées ou de circonstance. Emmanuel Macron refuse toute perspective de démission après deux échecs aux élections législatives, l’un modéré, l’autre massif qui entament non la légalité de son mandat mais qui le privent de légitimité.

Le Nouveau Front Populaire considère qu’il lui revient d’assurer la direction du gouvernement, disposant du plus grand nombre de députés mais tout en étant très loin de la majorité absolue.

La Vème République donne une large latitude au Président de la République pour choisir son Premier ministre, hors période cohabitation. La seule condition est qu’il dispose d’une majorité à l’Assemblée nationale. Emmanuel macron va nommer un Premier ministre tiré d’une pochette surprise.

Michel Barnier, l’homme que l’on n’attendait pas

Il est peu de dire que la nomination de Michel Barnier (ce ne sont absolument pas ses qualités personnelles qui sont en cause) ne répond à aucune logique politique. Issu d’un parti rabougri qui compte 47 députés à l’Assemblée nationale, son positionnement est très loin d’être en phase est au centre de gravité de l’Assemblée nationale.

La encore les choix d’Emmanuel Macron interrogent : jeu ? Provocation ? Absence de lucidité ? Mépris ? Un mixte ? Comment après deux mois de réflexion, un président peut-il nommer un Premier ministre dont on est certain qu’il ne dispose et ne disposera d’aucune majorité ?

Le sabordage des LR : Retailleau ministre d’Emmanuel Macron

La complaisance des Républicains avait permis à Emmanuel Macron de tenir en tout en n’étant pas majoritaire. Une nomination par ci, une décoration par-là, une subvention et le tour est joué pour un parti sans idée et sans leader.

Chez « Les Républicains » les appétits s’aiguisent. L’ascension à Matignon de l’un des leurs est inespérée. En effet, crée en 2015 par Nicolas Sarkozy, ce parti n’a jamais remporté la moindre élection nationale (contrairement à son prédécesseur l’UMP). Pour certains, l’angoisse de ne jamais être ministre, ou Secrétaire d’Etat ou même Sous-Secrétaire d’Etat est palpable. Ainsi le vendéen, Bruno Retailleau devint ministre d’Emmanuel Macron en dehors de toute cohabitation. Il est bien le ministre [1]de l’intérieur d’Emmanuel Macron ce qui impose une grande proximité avec le Président.

Ministre d’un président tellement faible qu’à défaut de la moindre action on efficace en matière de sécurité publique, il va s’en prendre à ce qu’il reste de la diplomatie française, provoquant une cacophonie totale dans la relation avec L’Algérie. En effet, le ministre de l’intérieur va instrumentaliser la question des « laisser-passer consulaires » pour déclencher une crise diplomatique globale, à des fins purement partisanes. En Président totalement impuissant, Emmanuel Macron va laisser faire. Il craint en effet qu’en remettant Retailleau à place, il ne provoque la chute de son gouvernement, le gouvernement Barnier.

Les Républicains n’ont plus et pour longtemps, la moindre ligne politique cohérente. Un discours proche du RN tout en servant de supplétifs à la macronie. Cela devient totalement incompréhensible.

A moins de faire passer les honneurs, les titres et bureaux prestigieux, les chauffeurs avant la politique.

La chute inévitable du gouvernement Barnier

Michel Barnier reste droit dans ses bottes et ses convictions et son gouvernement chute inéluctablement. Non seulement il ne dispose pas de majorité mais contrairement à Elisabeth Borne (qui s’en sorti par un usage intense du 49-3), il dispose d’une majorité… Hostile. Il arrive un moment où lorsque l’on est minoritaire cela fini par avoir une traduction politique, dans une « démocratie ».

Comme souvent, les choix budgétaires servent de déclencheur et de révélateur.

La chute est un échec personnel pour Emmanuel car il s’agit bien de « son » gouvernement et non d’un gouvernement de cohabitation.

En deux ans, Emmanuel Macron a deux perdu deux élections législatives, une élection européenne et vu son gouvernement chuter. Sans la moindre remise en cause, sans assumer aucune responsabilité. Comme s’il était étranger à une situation qu’il a, pourtant, provoquée.


[1] A la demande du Préfet de Région Georges-François Leclerc, très proche d’Emmanuel Macron et désireux de concentrer les pouvoirs, Bruno Retailleau va prêter son concours à la disparition de l’institution  du « Préfet de police » à Marseille.

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