Une nomination historique, une majorité à construire
Le PAM n’a remporté que 97 sièges sur les 395 que compte la Chambre des représentants, loin des 198 nécessaires pour gouverner seul. El Mansouri devra donc composer, dans les semaines à venir, une coalition gouvernementale solide pour cinq ans. Un exercice d’autant plus délicat que les grandes orientations des secteurs stratégiques demeurent, par construction institutionnelle, l’apanage du roi Mohammed VI.
Restaurer la confiance dans un climat social tendu
Le défi immédiat est économique et social. Les observateurs s’accordent à dire qu’elle devra s’attaquer à des problèmes socio-économiques persistants tout en s’efforçant de restaurer la confiance des citoyens dans l’action publique. Cette urgence n’est pas nouvelle. Elle est l’héritage direct du mouvement de contestation GenZ212, qui a mobilisé une partie de la jeunesse marocaine en 2025. Les questions d’emploi, de services publics et de gouvernance sont prioritaires. En se présentant comme une femme de terrain, ancienne maire de Marrakech ayant déjà dû gérer des dossiers urbains complexes, El Mansouri a construit sa campagne sur la promesse de « redonner espoir » à cette jeunesse. Un engagement qu’il lui faudra désormais transformer en résultats mesurables dans un calendrier politique resserré.
Le Mondial-2030, vitrine et fardeau à la fois
Sur le plan international, deux dossiers structurants attendent la nouvelle cheffe de gouvernement. Le premier est la co-organisation de la Coupe du monde de football 2030 par le Maroc, l’Espagne et le Portugal. Elle impose un calendrier d’infrastructures extrêmement contraignant. Qu’il s’agisse de stades, de transports et d’hébergement. Ce rendez-vous est à double tranchant. Il peut être une vitrine diplomatique et économique considérable pour le royaume s’il est maîtrisé. Il peut aussi devenir un risque politique majeur si les chantiers prennent du retard. Les arbitrages budgétaires nécessaires pourraient alimentent la grogne sociale déjà perceptible.
Le Sahara, dossier diplomatique prioritaire
Le second dossier est celui du Sahara, El Mansouri devra porter le projet du plan d’autonomie pour ce territoire marocain disputé, à un moment charnière : la résolution 2797, adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies fin octobre 2025, a reconnu ce plan marocain comme base des négociations et prorogé le mandat de la mission de l’ONU jusqu’au 31 octobre 2026, échéance désormais imminente. La diplomatie marocaine devra donc, dans les toutes premières semaines du nouveau gouvernement, transformer cette reconnaissance internationale en avancées concrètes sur le terrain et dans les enceintes multilatérales, un exercice qui dépasse largement le strict cadre national et qui mobilisera une large part de l’attention du nouvel exécutif.
Une transition symbolique sous observation régionale
Au-delà des dossiers techniques, cette nomination a une portée symbolique qui dépasse les frontières marocaines. Elle intervient à un moment où plusieurs pays de la région cherchent à démontrer leur capacité de modernisation politique et institutionnelle. Le contexte est celui d’une compétition accrue pour les investissements étrangers et l’influence diplomatique en Afrique du Nord et dans le Sahel. La réussite ou l’échec d’ El Mansouri à transformer sa légitimité électorale fragile en gouvernement stable et efficace sera donc scrutée bien au-delà du Maroc. Il s’agira d’un test de la capacité des monarchies constitutionnelles de la région à conjuguer ouverture politique et continuité institutionnelle.